Bienvenue à Ndoumbelane, ce royaume tropicalement riche et administrativement pauvre, où les dirigeants ne gouvernent pas : ils dégustent. Là-bas, le pouvoir ne se prend pas pour servir, mais pour se resservir. Et tout cela se déroule sous l’œil attendri d’une justice qui fait la sieste en robe de magistrat.
Premier commandement : détourner, tu feras.
Ici, voler l’argent public n’est plus une honte. C’est un cursus honorum. On commence petit, en subtilisant les perdiems des séminaires fictifs, et on finit en beauté, à la tête d’un ministère où les milliards disparaissent plus vite que les sacs de ciment sur un chantier d’État. Les plus talentueux décrochent même des diplômes honorifiques en « évasion budgétaire avancée », remis en grande pompe par des inspecteurs complices ou amnésiques.
Deuxième commandement : jouir, tu dois.
Le Ndoumbelanais d’en-haut a horreur du confort modeste. Il faut exhiber le pillage en toute insouciance. Villas à Marbella, Rolex au poignet, selfies au volant d’un V8, pendant que le peuple compte les grains de maïs comme on récite un chapelet. Mais attention : l’opulence n’est pas gratuite. Elle doit être bruyante, colorée, et, surtout, partagée… entre copains du clan, maîtresses de fonction et enfants prodiges nommés directeurs à 26 ans.
Troisième commandement : impuni, tu seras.
A Ndoumbelane, il n’y a pas des coupables, seulement des « frères ou des pères de famille qu’on ne peut pas exposer ». Les dossiers disparaissent aussi vite que les témoins. Quand un scandale éclate, on crée une commission. Quand la commission échoue, on nomme un conseiller. Et quand le peuple crie trop fort, on lui promet des « réformes structurelles »… à durée illimitée. Résultat : ceux qui volent continuent, ceux qui dénoncent déménagent, et ceux qui espèrent vieillissent.
Mais attention, cher lecteur de ’’Le Fédéral’’, Ndoumbelane n’est pas une fiction lointaine. C’est ce pays bien réel, où la justice a le hoquet, où la morale publique est en préavis, et où l’éthique fait office de décoration de bureau. Un pays où l’on vous dira, sans trembler : « Ce n’est pas parce qu’on est au pouvoir qu’on ne peut pas en abuser. »
Et pendant ce temps-là, le citoyen lambda, le Ndoumbelanais ordinaire — regarde le film sans pop-corn, subit la coupure d’électricité, et paie les pots cassés d’un banquet auquel il n’a jamais été invité.
Allez, riez si vous voulez. Mais dans cette farce institutionnelle, c’est toujours le peuple qui fait le rôle du dindon de la farce. On l’apprivoise au nom de la tribu transformée en parti politique, on le fanatise ou mieux l’hypnotise, on l’exploite jusqu’à la moelle épinière. Puis on l’oppose contre lui-même moyennant des miettes pour chanter et danser à la gloire des dirigeants fêtards.