Un vent d’inquiétude souffle sur Kambove, territoire frontalier du Haut-Katanga. L’amer constat a été fait par son administrateur du territoire, Francis Kalongo. Ce dernier venait d’une mission de terrain, alors qu’officiellement, il s’agissait d’un simple état des lieux. En réalité, les conclusions dressées sur place ont de quoi alarmer les plus sceptiques.
Des bornes frontalières effacées, une frontière grignotée
La réalité est alarmante dans cette zone parmi les plus reculées, parfois oubliées de l’administration, les bornes marquant la frontière entre la République Démocratique du Congo et la Zambie ont été soit détruites, soit gravement endommagées. Ces repères, garants de notre souveraineté nationale, sont en train de disparaître dans l’indifférence totale. Les faits observés sur le terrain par l’autorité du lieu, suggèrent une opération délibérée, planifiée et systématique, loin du simple acte de vandalisme.
« Nous avons peur de parler, mais cela dure depuis des mois », souffle un habitant, la voix nouée par la crainte. Ce mutisme en dit long. Il trahit une forme de résignation face à des incursions venues d’au-delà de la frontière, et la sensation amère d’un abandon de l’État par ses services attitrés.
Confronté à cette réalité, l’administrateur Francis Kalongo n’a pas cédé à la tentation du silence administratif. Il a rédigé un rapport circonstancié qu’il a transmis au Gouverneur Jacques Kyabula. Il appartient à ce dernier, de prendre position pour protéger cette partie du territoire et sauvegarder la souveraineté nationale. Les yeux sont donc rivés vers l’exécutif provincial du Haut-Katanga, désormais interpellé. Son action – ou son silence – sera scrutée de près.
« Il est de notre devoir de préserver l’intégrité de notre territoire. Ces manipulations doivent cesser immédiatement », a déclaré Francis Kalongo, au micro de certaine presse. On a senti la fermeté et la conscience d’un dirigeant face à la gravité des faits qu’il n’entend pas laisser l’affaire sous le tapis.
Un enjeu stratégique ignoré ?
Malgré ces enjeux cruciaux, la sécurisation des bornes est souvent reléguée au second plan dans les priorités de l’État congolais. Ce vide profite à certains intérêts transfrontaliers. Et chaque borne arrachée n’est pas qu’un symbole perdu, c’est potentiellement une parcelle de territoire concédée.
Faudra-t-il le rappeler, cette frontière est convoitée parce qu’elle se situe dans l’un des bassins miniers les plus riches du monde, à la croisée du cuivre, du cobalt et de l’uranium. Les trafics informels, les exportations illégales de minerais, et même les mouvements discrets de troupeaux et de personnes y sont monnaie courante. La frontière entre la RDC et la Zambie s’étend sur plus de 1 900 km, dont une partie traverse le Haut-Katanga, riche en minerais stratégiques. Depuis l’époque coloniale, cette zone a toujours été sensible, marquée par des contestations de tracé et des allégations d’empiétement.
Au-delà de Kambove, c’est toute la politique de sécurisation des frontières de la RDC qui est remise en question. La porosité de la ligne frontalière expose non seulement le pays à des pertes territoriales progressives, mais également à des enjeux économiques que certains, dans l’ombre, exploitent à leur profit.
Une seule question demeure : le gouverneur Kyabula a-t-il déjà saisi les instances nationales afin que des mesures urgentes, fermes, diplomatiques et sécuritaires soient prises ? Ou faudra-t-il attendre qu’une crise éclate pour agir ?
En attendant, à Kambove, la frontière recule… et avec elle, un pan de notre souveraineté.
Jeef Mwingamb