Luisha – Le bras de fer autour du lycée Lubusha prend une tournure plus vive. Le dimanche passé, l’archevêque métropolitain de Lubumbashi, Mgr Fulgence Muteba Mugalu, dur comme fer, a dans son homélie à Luisha, réaffirmé son opposition catégorique au projet de délocalisation de cet établissement scolaire, menacé par l’expansion des activités minières.
« De mon vivant, il n’y aura pas de délocalisation de Lubusha », a martelé le prélat, sous les applaudissements nourris de la population. Pour lui, ce lycée n’est pas seulement un lieu d’enseignement, mais un patrimoine historique et un symbole de l’épanouissement de la jeune fille dans une région où l’accès à l’éducation reste encore un défi.
Pour le pasteur catholique de Lubumbashi, 4 raisons valables permettent de s’opposer farouchement à la délocalisation quels que soient les milliards de dollars que cela pourraient apporter : primo, l’absence des études d’impact environnemental, économique et social. Secundo, le caractère d’une zone d’interdiction que présente Luisha suite à l’incompatibilité entre activités minières et éducation des enfants [encore des filles]. Tertio, l’utopie de ces ‘’exploitants’’ miniers qui prétendent offrir un écosystème identique que celui qu’offre ce pittoresque ouvrage de Lwisha. Ce qui est pourtant faux. Car, nulle part ils ont réussi à construire d’une manière convaincante. Et enfin, quarto, Luisha est un patrimoine culturel et un lieu de mémoire où se trouve la tombe de sa bienfaitrice et fondatrice, la magnanime Margueritte. Cette femme qui n’a pas eu la maternité et qui a tout donné pour l’éducation de la jeune fille, mérite respect, a-t-il souligné.
Un symbole menacé par la pression minière
L’exploitation minière voisine a déjà laissé ses traces : fissures visibles sur les bâtiments, nuisances sonores permanentes, pollution et risques sanitaires pour les élèves. L’archevêque dénonce une logique économique qui sacrifie l’avenir des enfants au profit d’intérêts privés.
« Ce lycée est un héritage. Le détruire, c’est hypothéquer l’avenir de toute une génération », a-t-il averti, exigeant des réparations immédiates et la fin de toute tentative d’expropriation.
La voix de la population
Les habitants de Luisha et d’ailleurs, massivement mobilisés, ont eux aussi rejeté en bloc la délocalisation, invoquant le droit de l’éducation, mais aussi la nécessité de préserver un environnement déjà fragilisé. Pour beaucoup de familles, Lubusha est bien plus qu’une école : c’est une chance unique de scolarisation pour les jeunes filles, souvent premières victimes de l’abandon scolaire dans les zones minières.
« Déplacer ce lycée, c’est envoyer nos filles à la maison, les livrer aux mariages précoces et aux grossesses non désirées », s’indigne une maman catholique présente.
Une bataille sociale et éducative
Derrière ce bras de fer se cache une problématique plus large : le conflit récurrent entre l’exploitation des ressources minières et la protection des droits sociaux fondamentaux. L’éducation, censée être un levier de développement et un droit garanti par la Constitution, se retrouve une fois de plus reléguée au second plan face à l’appétit économique des compagnies minières et les complicités parmi les dirigeants.
La mobilisation autour du lycée Lubusha illustre aussi une résistance citoyenne face au rétrécissement de l’espace éducatif social dans les zones minières du Haut-Katanga. Pour les communautés locales, céder serait ouvrir la voie à une normalisation des atteintes aux infrastructures scolaires et à l’avenir des jeunes.
Entre foi et engagement citoyen
Dimanche dernier, lors d’une célébration eucharistique à Luisha devant élèves, parents et associations de mamans catholiques, Mgr Fulgence Muteba avait déjà eu des mots forts : « Défendre Lubusha, c’est défendre la dignité de la jeunesse congolaise ».
Son langage ferme résonne comme un appel à replacer l’éducation au centre des priorités nationales. Car dans un pays où l’exploitation minière génère d’immenses richesses, l’avenir de la jeunesse ne peut continuer à être le prix à payer.
Un dossier explosif
Entre la défense du patrimoine éducatif et culturel portée par l’Église catholique et les impératifs économiques mis en avant par les compagnies minières, le dossier du lycée Lubusha cristallise les tensions. La balle est désormais dans le camp des autorités politiques et administratives, appelées à arbitrer entre intérêts économiques éphémères et droit fondamental à l’éducation.
Joseph de l’enfant Jésus