Prolifération des ‘’ enfants de la rue’’ à Likasi : la jeunesse interpelle les autorités sur ce danger

A Likasi, la problématique des enfants en rupture familiale, communément appelés shegués, inquiète autant qu’elle interroge. Extorsions, insécurité, avenir brisé : c’est le cris d’alarme du Collectif des jeunes qui réclame des réponses concrètes des autorités.

Comme dans les autres grandes agglomérations du Haut-Katanga, la montagneuse ville de Likasi n’est pas épargnée du phénomène ’’ enfants de la rue’’. Dans les avenues commerçantes comme dans les quartiers populaires de Likasi, la scène est devenue banale. On y observe des bandes d’enfants errant, mains tendues ou menaçantes, demandant de l’argent aux passants. Certains n’hésitent pas à s’imposer, multipliant les actes d’extorsion.

Pour les habitants, cette réalité quotidienne rime avec insécurité et peur diffuse sous le regar  complice et défaillant des autorités à tous les échelons. Ces enfants pourtant nés naturellement des femmes, agissent comme des extra-terrestres quel que soit l’âge, 10 ou 12 ans, ils ont le pouvoir et la force de dépouiller même les grandes personnes. Surtout qu’ils agissent en équipe comme une meute des loups.

Face à ce phénomène grandissant, le collectif des jeunes de Likasi sous la conduite de son président Rames Nkulu Mwenze, a décidé de passer à l’action. Dans une correspondance adressée le 24 septembre 2025 au Bourgmestre de la commune de Likasi, les jeunes dénoncent sans détour les dérives liées aux enfants dits de la rue et réclament une prise en charge urgente.

Ces préoccupations ont été portées à la connaissance du bourgmestre qui n’en ignore pas la réalité quotidienne. Pour Rames Nkulu, sa démarche vise à obtenir des autorités pistes d’encadrement à travers les services compétents. D’aucuns le savent bien, l’Etat est doté du pouvoir régalien et détient des moyens coercitifs pour mettre fin à ce fléau toujours grandissant.

Une réalité aux causes multiples

Derrière le visage insécurisant des shegués, se cache une réalité sociale complexe. La plupart sont des enfants en rupture familiale, renseigne certaines ONG : orphelins de guerre ou de maladie, victimes de maltraitance, rejetés pour des accusations de sorcellerie, ou simplement poussés dehors par la pauvreté extrême des parents. A cela s’ajoute une autre catégorie des enfants venant surtout des régions du centre du pays à la recherche de la survie, indique un encadreur social.

En ce qui concerne la ville de Likasi, il y a lieu de constater des facteurs aggravants, tels que : l’absence de structures d’accueil spécialisées – la pauvreté des ménages qui pousse les enfants à chercher seuls leur survie – la commercialisation de drogues locales (chanvre, carburant sniffé), qui les rend plus violents et incontrôlables – la déscolarisation massive, malgré paradoxalement la gratuité de l’enseignement de base. Certes, faute de moyens pour payer les uniformes, les fournitures scolaires ou les frais annexes.

Une insécurité urbaine grandissante

Ces enfants incontrôlés ne sont seulement pas une bombe à retardement, a-t-on l’habitude de dire. Plutôt une bombe sociale dont les effets néfastes sont déjà perceptibles. Si certains se contentent de mendier, d’autres tombent dans la petite délinquance. L’inquiétude permanente et croissante à laquelle font face les paisibles citoyens, c’est le danger lié à certains actes délictuels : bagarres, vols de téléphones, extorsions dans les arrêts de bus ou les marchés.

Les autorités locales pensent sans agir qu’il ne s’agit pas seulement d’un problème social, mais d’un défi sécuritaire. Au niveau de l’administration municipale, on estime avec raison que sans encadrement de ces enfants, c’est une jeunesse perdue et potentiellement dangereuse pour l’avenir de la ville. Mais la population attend du concret quand on sait que les moyens ne manquent pas avec la redevance minière et autres entrées.

Le Bourgmestre de Likasi, aurait promis d’orienter les services compétents et s’est engagé à rechercher des solutions durables. Parmi les pistes évoquées, on évoque : la création de centres d’accueil et de réinsertion – l’implication des églises, des ONG et associations locales dans leur encadrement – la mise en place de programmes de formation professionnelle adaptés – une collaboration renforcée avec la police pour contenir les dérives violentes.

Il est vrai que la problématique des enfants de la rue n’est pas seulement propre à Likasi. Toutes les grandes villes de la République sont confrontées à ce phénomène. Partout, le constat est le même : la pauvreté et l’abandon social alimentent une bombe humaine qui menace la cohésion urbaine.

Pourtant, des expériences pilotes ont déjà fait leurs preuves ailleurs, combinant un encadrement éducatif, médical et psychologique. Des résultats probants de réinsertion à rééditer. La clé reste la volonté politique et l’investissement social.

Pour ce qui est de la ville de Likasi, le message des jeunes est clair : il faut agir avant qu’il ne soit trop tard. « Soit on encadre ces enfants, soit on subit demain une génération perdue qui deviendra ingérable », le leader dudit Collectif.

L‘œil du Jaguar

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