Lubumbashi – Hommage à André Njimbu Tshombe

Une ultime révérence à un héritier de l’histoire, enraciné dans la dignité, la foi et le service

La capitale cuprifère a vécu, les 24 et 25 novembre 2025, deux journées d’intenses émotions à l’occasion des hommages rendus à André Njimbu Tshombe, décédé le 11 novembre 2025 à l’âge de 76 ans.
La dépouille du prince lunda a été conduite ce mardi 25 novembre à sa dernière demeure, à la Nécropole Rivière des Anges de Kasangiri, après une série de cérémonies qui ont rassemblé personnalités politiques, familles influentes, chefs coutumiers, notables katangais et délégations venues de l’étranger.

Une cérémonie d’ampleur exceptionnelle

Pendant deux jours, la place Bahalis de Lubumbashi a accueilli une affluence rare, marquée par la présence de figures politiques katangaises, congolaises et internationales, venues honorer la mémoire du 5ème fils de Moise Kapend Tshombe, ancien président du Katanga indépendant et Premier ministre de la RDC au sein du Gouvernement de Salut public.

La veillée mortuaire a été rythmée par des témoignages poignants, retraçant la vie de l’illustre disparu.
Parmi les interventions marquantes, l’oraison funèbre prononcée par sa sœur cadette, l’Ambassadrice honoraire, Isabelle Ruth Machik Tshombe, a particulièrement ému l’assistance, revenant sur le parcours exceptionnel d’André Njimbu Tshombe. D’autres hommages ont été rendus par Raphael Mututa Mistala, président honoraire de la Fondation Katangaise, et par le Professeur Donat Tshimboj, secrétaire général de la Confédération Nationale du Congo (CONACO), compagnon politique de longue date.

Autour du cercueil drapé de fleurs, des groupes folkloriques issus des quatre coins de l’espace katangais ont célébré l’identité et la cohésion du peuple katangais, rappelant le courage et la persévérance dont le défunt fit preuve, et ce, en souvenir de la lutte de son père des années 60.

Un dernier adieu empreint de foi

Avant l’inhumation, un culte solennel a été célébré dans le temple Jérusalem de l’Église Méthodiste Unie, communauté où le disparu s’était toujours fortement investi, fidèle à une tradition familiale pluriséculaire.
Pour beaucoup, ce dernier moment spirituel fut un résumé de sa vie : discrète, engagée, centrée sur le service et la fidélité.

Une vie marquée par l’héritage, le devoir et la résilience

Né le 1er août 1949 à Sandoa, André Njimbu Tshombe, fut le cinquième enfant de Moiise Kapend Tshombe et de Ruth Machik a Ditend. Appartenant à une lignée impériale, descendant du fondateur de l’empire Lunda. Il était également, par son père, trisaïeul de Mwant Yav Mushid 1er, et par sa mère petit-fils du Mwant Yav Ditend, Yav a Nawej.
Son prénom Njimbu lui fut donné en hommage à Mwant Chishidin Njimbu, ascendant de sa grand-mère paternelle.

Son enfance se déroule entre Sandoa, Musumba et Lubumbashi, où il débute sa scolarité. Après la création de l’Athénée Royal d’Élisabethville en 1956 — première école laïque ouverte simultanément aux enfants blancs et noirs — il y est admis parmi les tout premiers élèves noirs.

Un parcours scolaire international

Poursuivant ses études en Europe, il fréquente l’École des Roches en France, puis termine son secondaire au Collège Cardinal Mercier en Belgique.
À l’Université Libre de Bruxelles, il étudie les relations publiques et le marketing, avant de quitter le monde académique pour entamer une carrière marquée par l’indépendance d’esprit et la volonté d’agir.

Le retour au pays et la sauvegarde d’un héritage menacé

En 1974, tandis que le régime mobutiste cherche à effacer la mémoire de Moïse Tshombe, la famille en exil lui confie une mission délicate : retourner à Lubumbashi pour préserver le patrimoine familial.
Il assumera jusqu’à sa mort cette responsabilité, devenant le gardien vigilant d’une histoire et d’un héritage en péril.

L’engagement économique : bâtir, produire, servir

En 1983, il acquiert une vaste propriété sur la route de Likasi. Avec son ami Manuel, il fonde la société Fermil, un élevage de vaches laitières devenu une fierté locale grâce à la production de lait et de yaourts appréciés par la population de Lubumbashi.

L’engagement politique : un combat pour la dignité

Fidèle à la mémoire de son père, il ravive la CONACO, qu’il dirige avec ténacité.
En 2005, son influence le place une nouvelle fois dans la ligne de mire du pouvoir : il est arrêté et accusé à tort de tentative de coup d’État — comme en 1978.
Malgré l’injustice, il restera debout, digne, sans céder à l’amertume.

La famille : un pilier, un refuge, un héritage d’amour

Marié toute sa vie à Georgette Komichelo Bondo, il laisse derrière lui six enfants dont 4 filles et 2 garçons, à savoir : Kat Patricia, Machik Isabel, Kapend Moïse, Kamwany Monique, Kaomba Natacha et Andy Njimbu, ainsi que onze petits-enfants.
Son foyer fut un lieu d’accueil pour de nombreux enfants en quête de soutien, témoignage de sa générosité et de sa grande humanité que nombreux ont reconnu.

Un homme de foi, jusqu’au dernier souffle

Engagé dans l’Église Méthodiste Unie, il incarnait en lui une chrétienne discrète mais ferme dans ses convictions. André Njimbu était un homme attaché au service et à la communauté.

Une disparition qui laisse un vide profond

A travers les hommages, les cantiques religieux et chants folklorique, les larmes et les récits, une vérité s’impose : le Katanga vient de perdre un témoin précieux de son histoire, un prince de dignité, un homme de devoir et de bien.

Son souvenir demeure, inscrit à la fois dans l’histoire lunda, dans la mémoire katangaise, dans la vie de ceux qu’il a touchés — et désormais, dans la terre de Kasangiri où il repose pour l’éternité.

Tout en présentant ses condoléances les plus émues à sa famille, la rédaction de Le Fédéral hebdo, un journal qu’il a vu naître en 2002 et soutenu, se joint à la famille biologique et à tous les fédéralistes pour pleurer un géant, un homme de cœur et un partenaire fiable.

Jeef Mwingamb

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