L’histoire contemporaine de la République Démocratique du Congo est traversée par un paradoxe qui mine les fondements mêmes de l’État-nation : la montée en puissance de l’appartenance tribalo-ethnique comme critère naturel d’émergence sociale et d’accès aux institutions nationales. Cette réalité, longtemps contenue dans les replis des pratiques informelles, s’affiche aujourd’hui avec un cynisme décomplexé, gangrenant l’idéal républicain et mettant en péril la cohésion sociale tant prônée.
Dans un pays aussi vaste et richement diversifié que le Congo, l’ethnicité aurait dû être une richesse, une mosaïque culturelle au service de la nation. Hélas, elle est instrumentalisée, politisée, érigée en mode d’accès aux postes de responsabilité. Les compétences, la probité, le mérite et la vision cèdent le pas à la seule question de « qui est de chez nous ? ». Dès lors, la gestion de l’État devient une affaire de clans, de réseaux tribaux, où chaque groupe défend férocement ses intérêts au détriment du bien commun.
Cette tribalisation systémique des institutions nationales ne produit qu’une société de la méfiance, du repli identitaire et de la fragmentation. Elle alimente les frustrations, étouffe les talents et perpétue l’injustice sociale. Pire encore, elle légitime la médiocrité sous le prétexte de la représentativité ethnique, en sacrifiant l’intérêt général sur l’autel des équilibres communautaires.
Le Congo ne pourra prétendre à la modernité politique ni à un véritable développement tant que cette logique de la « préférence tribale » primera sur le principe républicain de l’égalité des citoyens devant la loi et l’État. L’appartenance ethnique ne peut et ne doit jamais devenir un passeport pour l’ascension sociale ou une condition d’accès aux ressources et aux responsabilités publiques.
Il est temps d’ouvrir un débat courageux sur cette dérive. L’heure est venue de redonner du sens à la citoyenneté congolaise, au mérite et à la compétence. La survie même de la RDC en tant que nation unie en dépend. Faute de quoi, cette gangrène ethno-tribale finira par dévorer ce qui reste encore du socle fragile de notre cohésion nationale.