A Lubumbashi, les propos du pasteur Gaspard Mpoyi wa Mpoyi contre les Katangais opposés à une révision constitutionnelle soulèvent une vive inquiétude sur la montée des discours identitaires et le silence des institutions. Entre menaces publiques, dérive autoritaire et justice sélective, cette affaire met à l’épreuve l’État de droit en RDC.
Une vidéo devenue virale place aujourd’hui le pasteur Gaspard Mpoyi wa Mpoyi d’une église de réveil au cœur d’une polémique nationale aux implications juridiques et politiques majeures. Depuis le haut de sa chaire, ce prédicateur se présentant comme évêque a tenu des propos particulièrement agressifs à l’encontre des Katangais opposés au changement ou à la révision de la Constitution.
Dans cette séquence largement relayée sur les réseaux sociaux, l’homme de Dieu déclare avec virulence que « tout Katangais qui s’opposera au changement de la Constitution devra quitter le pays », allant jusqu’à évoquer des arrestations contre ceux qui seraient « repérés ». Dans la même intervention, des propos hostiles visant également les Bakongo ont été relevés.
Au-delà de la controverse politique, ces déclarations posent une question fondamentale : où s’arrête la liberté d’expression et où commence l’infraction pénale dans un État de droit ?
Des propos potentiellement répréhensibles
Sur le plan juridique, plusieurs qualifications pourraient être examinées par les autorités compétentes.
D’abord, l’incitation à la haine ou à la discrimination. Le fait de désigner publiquement une catégorie de citoyens sur une base identitaire, régionale ou ethnique, tout en appelant implicitement à leur exclusion, constitue une atteinte grave au principe constitutionnel d’égalité entre Congolais.
Ensuite, les menaces et atteintes aux libertés publiques. Évoquer des arrestations contre des citoyens exprimant une opinion politique, sans aucune qualité légale pour le faire, peut être interprété comme une intimidation illégale.
Enfin, certains observateurs évoquent une forme d’usurpation implicite d’autorité, dès lors qu’un acteur non étatique laisse croire qu’il dispose d’un pouvoir coercitif sur des citoyens.
La Constitution face à ses propres contradictions
Pourtant, la Constitution congolaise est claire sur plusieurs principes fondamentaux : l’égalité de tous devant la loi, l’interdiction des discriminations fondées sur l’origine, ainsi que la liberté d’expression et de religion.
Mais ces libertés ne sont pas absolues. Elles s’arrêtent là où commencent les atteintes aux droits d’autrui, les appels à la haine ou les risques de troubles à l’ordre public.
Dans un contexte national déjà tendu autour des débats constitutionnels, de tels discours apparaissent comme des facteurs potentiels de fracture nationale.
Le silence qui dérange
L’aspect le plus préoccupant demeure cependant l’absence apparente de réaction judiciaire ou administrative après la diffusion massive de ces propos.
Ce silence contraste fortement avec d’autres dossiers dans lesquels des citoyens sont interpellés rapidement, parfois pour de simples opinions ou des faits moins graves, certains continuant même à croupir dans des prisons ou des lieux de détention non officiellement reconnus.
Cette disparité alimente l’idée d’une justice à géométrie variable, où la rigueur de la loi dépendrait davantage de l’identité ou de la proximité des personnes concernées que de la gravité réelle des faits.
Une menace pour la cohésion nationale
Au-delà du cas Gaspard Mpoyi wa Mpoyi, cette affaire révèle un malaise plus profond : la banalisation progressive des discours identitaires dans l’espace public congolais.
On assiste à un triple risque, à avoir : la stigmatisation des communautés, la légitimation d’une violence sociale ou politique et l’affaiblissement de l’autorité de l’État, lorsque des acteurs religieux ou privés semblent s’arroger des prérogatives régaliennes.
Dans un pays marqué par des fragilités historiques et régionales persistantes, de telles déclarations peuvent devenir des détonateurs de tensions latentes.
Des excuses qui interrogent
Contre toute attente, ce n’est pas l’auteur principal des menaces qui est venu répondre devant l’opinion, mais un autre pasteur issu du camp des personnes visées. Ce dernier a présenté des excuses au nom de la mouvance dite des « Églises de réveil », dans un cadre pourtant sans lien direct avec cette affaire, puisqu’il était initialement question de sous-traitance.
Pour plusieurs observateurs, cette démarche apparaît insuffisante, voire déplacée. Une polémique aussi grave peut-elle être réglée par de simples excuses publiques pendant que d’autres citoyens restent détenus pour des motifs parfois flous ?
Si certains doivent répondre devant la justice pour leurs paroles ou leurs actes, alors le principe d’égalité devant la loi devrait s’appliquer à tous, sans exception.
Un test grandeur nature pour l’État de droit
L’affaire Gaspard Mpoyi wa Mpoyi dépasse désormais le simple cadre religieux ou politique. Elle constitue un véritable test pour les institutions congolaises. Le parquet se saisira-t-il du dossier ? Les autorités administratives agiront-elles pour prévenir d’éventuels troubles ? Les structures religieuses condamneront-elles clairement ces dérives ? Jusque-là rien du tout.
Car un État de droit ne se mesure pas uniquement à la qualité de ses textes, mais surtout à leur application équitable et cohérente.
A défaut, le sentiment d’arbitraire continuera de s’installer dans l’opinion. Et la célèbre formule de Jean de La Fontaine résonnera une fois de plus avec amertume :
« Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir. »
Jeef Mwingamb