Lubumbashi – Marché Mimbulu : après le drame, le chaos demeure
A Lubumbashi, le temps des avertissements ignorés semble avoir atteint son point de rupture. Après le carnage sur la route Kipushi, une question s’impose avec gravité : combien de vies faudra-t-il encore perdre avant que l’ordre ne soit rétabli sur ces marchés sauvages qui colonisent les grandes artères ?
Le 27 avril 2026 restera une date sombre. La veille, au marché « Jérusalem », plus connu sous le nom de Mimbulu, l’irréparable s’est produit. Un camion poids lourd de marque HOWO, victime d’une défaillance de freinage, a semé la mort sur son passage. Le bilan est effroyable : une dizaine de morts, plusieurs blessés graves, certains mutilés à vie. Vendeurs, passants, élèves… aucune catégorie n’a été épargnée. Une scène d’horreur qui, pourtant, n’avait rien d’imprévisible.
Car au-delà de l’émotion, une réalité s’impose : ce drame était annoncé.
Le marché Mimbulu n’est que la partie visible d’un désordre plus vaste. A Kilobelobe, Kalebuka ou encore Kasangiri Crec 7, le même phénomène se répète. Des marchés improvisés s’étendent le long des axes à forte circulation, grignotant la chaussée, exposant vendeurs et piétons à un danger permanent. Dans ces zones, la route n’est plus un espace de circulation, mais un terrain de survie.
Et depuis le drame ? Presque rien n’a changé.
Sur le terrain, les mêmes habitudes persistent. Les étalages continuent de longer la route nationale, parfois à quelques centimètres seulement du trafic. Certes, un semblant de dispersion a été observé dans les jours qui ont suivi, mais sans mesures concrètes ni encadrement durable. Très vite, le désordre a repris ses droits, comme si rien ne s’était passé.
Le plus troublant reste cette contradiction flagrante : ces espaces anarchiques sont tolérés, parfois même organisés, avec perception de taxes à la clé. L’État encaisse, mais n’encadre pas. Il prélève, mais ne protège pas. Une logique qui interroge autant qu’elle indigne.
Parallèlement, la gestion du dossier au niveau provincial suscite de sérieuses inquiétudes. Selon plusieurs sources concordantes, une certaine opacité entoure le traitement de cette tragédie. Pour éviter toute contestation ou mobilisation des familles, des pratiques de compensation informelle, assimilées à des tentatives de mise sous silence, seraient en cours. Une démarche qui, si elle se confirme, soulève des questions éthiques majeures sur la gouvernance et le respect dû aux victimes.
Le drame continue d’ailleurs de faire des victimes, même après les faits. Parmi les blessés pris en charge, un décès supplémentaire a été enregistré à l’Hôpital de la Gécamines Sud. Une mort de plus, venue alourdir un bilan déjà tragique. Une mort de trop.
Abandonnés à eux-mêmes, les vendeurs n’ont souvent pas d’alternative. Faute d’infrastructures adaptées ou de politiques de relocalisation, ils s’installent là où l’activité est possible, quitte à risquer leur vie chaque jour. Ils deviennent ainsi les premières victimes d’un système qui ferme les yeux sur ses propres dérives.
Face à cette réalité, le silence des autorités devient lourd de sens. L’inaction persiste, malgré les signaux d’alerte répétés. Aucun plan structuré d’aménagement commercial, aucune stratégie durable de sécurisation des axes routiers, aucune volonté visible de mettre fin à cette anarchie.
Le drame de Mimbulu devait marquer un tournant. Il risque de n’être qu’un épisode de plus dans une série de tragédies évitables.
Car gouverner, c’est prévoir — et non gérer les conséquences dans l’ombre. A Lubumbashi, l’imprévision tue, et le silence qui l’accompagne aggrave encore l’indignation.
Si rien ne change, Mimbulu ne restera pas un cas isolé. Ce sera un précédent. Et demain, ailleurs — à Kilobelobe, Kalebuka ou Joli Site Crec 7 — d’autres vies pourront être fauchées dans les mêmes conditions.
La question n’est plus de savoir ce qui s’est passé. Elle est désormais de savoir si l’on accepte que cela se reproduise.
L’œil du Jaguar