Dans une offensive aussi discrète que déterminée, le gouverneur intérimaire du Haut-Katanga, Martin Kazembe Shula lance une opération de salubrité institutionnelle dans le territoire de Kambove. Au-delà d’une simple mission d’inspection, c’est un système d’enrichissement parallèle, solidement ancré sous la précédente gouvernance, qui se retrouve aujourd’hui dans le viseur des autorités provinciales.
Loin des effets d’annonce, l’itinérance économique engagée dans le territoire de Kambove s’inscrit dans une dynamique plus large qui consiste à la reconquête de la souveraineté financière du Haut-Katanga. Pour Martin Kazembe Shula, il ne s’agit plus seulement de constater les dérives, mais d’y mettre fin avec méthode et fermeté.
Cette démarche trouve un précédent marquant dans le territoire de Kipushi, notamment autour du port sec de Kanyaka. Là, renseignent les sources, des recettes évaluées en milliers de dollars échappaient délibérément aux circuits officiels pour être redirigées vers des intérêts privés. Un détournement systémique qui illustre l’ampleur des réseaux mafieux mis en place au détriment du trésor provincial.
A Kambove comme à Likasi, le diagnostic posé par l’exécutif provincial est sans appel. Des circuits financiers parallèles ont prospéré, alimentant une économie de prédation et privant la province des ressources nécessaires à son développement. Derrière ces pratiques, un enchevêtrement d’acteurs, de complicités et de mécanismes opaques qui ont durablement fragilisé l’autorité de l’État.
Pour faire face à cette réalité, l’actuelle gouvernance opte pour une approche de rupture. L’opération en cours vise non seulement à identifier les failles, mais surtout à démanteler les structures informelles qui ont confisqué les leviers économiques locaux. Une tâche délicate, tant ces réseaux se sont enracinés dans les habitudes administratives et les rapports de force.
En s’attaquant aux circuits de fraude et de captation illicite des recettes, le message de Martin Kazembe Shula est sans équivoque : « l’impunité n’est plus une option. Il faut restaurer la transparence, rétablir l’autorité publique et redonner à la province les moyens de ses ambitions. »
Au-delà de Kambove, c’est toute la gouvernance provinciale qui se trouve interpellée. Car la réussite de cette opération dépendra de sa capacité à s’inscrire dans la durée, à résister aux pressions et à instaurer une nouvelle culture de gestion publique, fondée sur la redevabilité et l’intérêt général.
Ce qui se joue aujourd’hui n’est rien de moins qu’un tournant. Entre continuité des pratiques anciennes et émergence d’un nouvel ordre institutionnel, le Haut-Katanga semble s’engager dans une bataille décisive pour la reconquête de ses propres ressources.
Jeef Mwingamb