Le gouverneur intérimaire du Haut-Katanga, Martin Kazembe a procédé à la cérémonie officielle de remise du matériel roulant au commissariat provincial de la Police nationale congolaise (PNC). Constitué d’un lot de 21 jeeps tout-terrain et de 170 motos neuves, ce geste a été accueilli comme un signal fort dans un contexte sécuritaire alarmant. Depuis un temps, on observe à Lubumbashi et autres contrées du Haut-Katanga, des tueries récurrentes, la résurgence du banditisme urbain, les braquages à répétition et les assassinats ciblés rythmant le quotidien. L’urgence d’agir ne fait donc l’ombre d’aucun doute. Surtout si l’on sait que les hommes en uniforme sont pointés du doigt accusateur.
La police se plaignant souvent du manque criant des moyens de mobilité, elle trouve une réponse concrète à l’insécurité persistante dont fait face la population. Car, cette dotation permettra de renforcer la mobilité et la capacité d’intervention des forces de l’ordre, notamment à Lubumbashi, Likasi, Kasumbalesa et dans les six territoires de la province.
Pour sa part, le commissaire provincial de la police, le général Blaise Mbula Kilimbalimba, y voit une « réponse nécessaire aux défis sécuritaires actuels ». Il a par ailleurs insisté sur l’amélioration des patrouilles et de la couverture policière. Charge qui lui revient pour des résultats escomptés et surtout attendus.
Certes, l’initiative parait salutaire dans les déclarations. L’opinion, elle, attend le concret de voir sa sécurité améliorée et renforcée. Dans une province vaste et aux réalités contrastées, mais avec une police aux moyens souvent limités, la mobilité demeure un facteur clé de l’efficacité policière. Le gouverneur intérimaire a d’ailleurs souligné que ces engins devraient contribuer à restaurer la confiance entre la population (contribuable) et les forces de sécurité qui s’affichent par moment comme des antagonistes.
Cependant, au-delà de l’effet d’annonce, plusieurs zones d’ombre subsistent. Aucune communication officielle n’a été faite sur l’état du dernier charroi déjà octroyé à la police provinciale. Combien de véhicules sont encore opérationnels ? Combien sont immobilisés ou hors d’usage ? Sans cet état des lieux, la portée réelle de la nouvelle dotation reste difficile à évaluer. Car, souvent, certains responsables de la police utilisent ces engins à leur besoins privés et de leurs familles.
Plus préoccupant encore, des sources concordantes au sein de la société civile et même de la police évoquent une gestion approximative, voire défaillante, des équipements antérieurs. Véhicules affectés à des usages non sécuritaires, motos détournées au profit de services ou d’individus non autorisés, absence de maintenance régulière : autant de pratiques qui minent l’impact des investissements publics et alimentent la défiance citoyenne.
Dans un contexte où chaque moyen compte, la question n’est donc pas seulement celle de doter, mais aussi de gérer, contrôler et rendre compte. Sans mécanismes clairs de suivi, de traçabilité et de sanction, cette nouvelle flotte risque de rejoindre la longue liste des équipements rapidement neutralisés par la mauvaise gouvernance.
Face à l’insécurité qui endeuille le Haut-Katanga, la population attend des résultats tangibles. Plus que des remises symboliques, elle exige une police réellement présente, opérationnelle et responsable. La balle est désormais dans le camp du commandement policier.
Asia Kayombo Victoria