A Kolwezi, la capitale du Lualaba, la morgue principale de l’hôpital Mwangeji traverse l’une des pires périodes de son histoire. Depuis trois mois, la chambre froide est en panne, les corps s’accumulent, et personne ne veut prendre ses responsabilités. Résultat ? Une situation qui devient franchement inquiétante.
Des corps qui s’entassent
Le problème est simple : la morgue, conçue pour accueillir 150 corps au maximum, en reçoit bien plus. Entre les dépouilles non réclamées, les personnes non identifiées retrouvées dans la rue, et des indigents qui arrivent des localités voisines comme Luilu ou le village Lualaba, les capacités sont largement dépassées. Faute d’inhumation rapide et d’une prise en charge coordonnée par la mairie de la ville, les équipements de conservation ont subi la pression à la base de cette défaillance.
Et depuis que le moteur de la chambre froide a lâché, c’est la catastrophe. Les corps se décomposent beaucoup trop vite. L’odeur est devenue insupportable autour de la morgue, et le personnel travaille dans des conditions vraiment difficiles.
« Les techniciens venus de Lubumbashi pour réparer n’ont même pas pu accéder à certains endroits tellement c’était devenu invivable », a déclaré la directrice de l’hôpital.
Un vrai risque pour la santé
Au-delà du choc, c’est un vrai problème sanitaire qui se pose. Les agents, les familles endeuillées, tout le monde est exposé à un environnement dégradé. Les risques de contamination sont réels dans un établissement qui devrait justement garantir l’hygiène.
La guerre des responsables
Alors, qui est responsable ? Chacun se renvoie la balle.
La directrice de l’hôpital, la Professeur Dr Malonga Kaj Fanny, accuse clairement le maire de Kolwezi, Jacques Masengo Kindele. « Son prédécesseur s’occupait bien de ça, c’est pourtant la prérogative légale du maire. Mais depuis que l’actuel est là, on dirait qu’il ne comprend pas son rôle », lance-t-elle.
De son côté, le maire ne se laisse pas faire. Il explique que les corps viennent de plusieurs territoires, pas seulement de Kolwezi. Et il rappelle que la mairie a déjà organisé des inhumations collectives, comme celle de décembre 2025 où une quarantaine de corps ont été enterrés aux frais de la ville. Alors pourquoi le maire avait-il laissé d’autres corps qui s’accumulent au jour le jour.
Pour lui, l’hôpital Mwangeji relève maintenant de la province, pas de la municipalité. Alors pourquoi serait-il le seul à payer ? a-t-il lâché au cours d’un entretien tenu le lundi 8 juin hors caméra et micro à une poignée des journalistes, à la délégation de la jeunesse et de la société civile.
Un hôpital qui n’en peut plus
Pendant que les institutions se disputent, l’hôpital trinque. Dans cette bataille institutionnelle, l’hôpital Mwangeji apparaît comme le maillon le plus fragilisé.
La direction affirme fonctionner avec des moyens extrêmement limités et dépend largement des contributions des familles pour couvrir ses charges courantes.
D’ailleurs, la mairie ne s’acquitte pas ni des frais d’abonnement de son personnel, ni les frais relatifs à la conservation des corps pendant plusieurs mois. Pour réparer la chambre froide, il faudrait environ 9 000 dollars américains, une somme énorme dans le contexte actuel. Et cela n’est pas la première fois, a souligné Mme Malonga Kaj Fanny.
Pourtant, la direction avait anticipé en construisant une petite morgue de secours de 27 tiroirs en 2022. Celle-ci est exclusivement destinée aux patients décédés au sein de l’hôpital. Car, c’est loin d’être suffisant face à l’afflux actuel.

Des solutions promises, mais pas encore là
Le maire annonce la construction d’une nouvelle morgue municipale près du cimetière Sapin II, avec 106 places, qui devrait ouvrir avant fin juin 2026. Une bonne nouvelle, mais qui ne résout pas l’urgence : vider la vingtaine de corps en putréfaction qui pourrissent actuellement à Mwangeji. Une opération qui coûterait à peine 2 000 dollars seulement, indique-t-on.
La question que d’aucuns se demandent est de savoir si cette alternative est née du contexte de l’incompréhension ou bien c’est une planification rationnelle ? La société civile attend savoir le coût dudit ouvrage annoncé.
La polémique enflamme les réseaux sociaux
Comme souvent, le débat a vite quitté les bureaux pour envahir les réseaux sociaux. La direction de l’hôpital dénonce une campagne de dénigrement contre ses gestionnaires, avec des publications virulentes qui circulent depuis des semaines.
Même si rien ne prouve un lien direct avec certaines autorités, le climat de méfiance est devenu palpable.
L’urgence d’une intervention
Pendant que tout le monde se renvoie la balle, les corps continuent de s’entasser et les risques sanitaires augmentent. Derrière les querelles administratives, ce sont des êtres humains qui attendent une sépulture digne.
Beaucoup espèrent désormais que l’exécutif provincial du Lualaba va intervenir. Mais jusqu’ici, les réponses obtenues sont jugées insuffisantes. Même la visite récente du directeur de cabinet de la ministre n’a pas calmé les tensions.
La morgue de Mwangeji est devenue le symbole d’une crise qui dépasse le simple problème administratif. C’est une question de gouvernance, de santé publique et de dignité humaine. Et plus le temps passe, plus le prix à payer devient lourd.
G. Wakunonda