Lubumbashi, juillet 2025 – Plus de dix ans après son exil forcé en Afrique du Sud, Paul Joseph Mukungubila, figure controversée de la scène politico-religieuse congolaise, a opéré un retour discret mais symboliquement fort à Lubumbashi, dans le Haut-Katanga. Il a atterri à l’aéroport de Luano le samedi 5 juillet. Une réapparition qui suscite à la fois espoirs de réconciliation et craintes de tensions. Se confiant à la presse, il a déclaré venir édifier le peuple Congolais que le moment que traverse la RDC est à la fois spirituel et philosophique pour l’avènement de la paix définitive dans la partie Est, rapporte notre consœur Rise Ngoy de Oasis News.
Paul Joseph Mukungubila a aussi affleuré dans un bref commentaire, l’actualité du pays en rapport avec l’accord de paix conclu à Washingtone le 27 juin dernier entre la RDC et le Rwanda, selon la même source. Le politico-religieux a salué cet accord qu’il qualifie de prophétique. Car, selon lui, l’ère de Dieu est enfin arrivée. Il qualifie le Président Donald Trump d’instrument choisit par l’Eternel pour le retour de la paix et la sécurité en RDC.
Autoproclamé « prophète de l’Éternel » et ex-candidat malheureux à la présidentielle de 2006, PJ. Mukungubila reste indissociable de la tentative de coup d’État du 30 décembre 2013 contre le régime de Joseph Kabila. L’assaut simultané à Kinshasa, Lubumbashi et Kindu, s’était soldé par une violente répression. À Lubumbashi, les forces de sécurité avaient pris d’assaut son église du quartier Golf-Kabulameshi, entraînant la mort de plusieurs fidèles. Deux journalistes de la RTNC avaient même été brièvement pris en otage en direct à la télévision nationale à Kinshasa.
Miraculeusement évadé, Mukungubila s’était réfugié en Afrique du Sud, où il a vécu en exil. Longtemps recherché par les autorités congolaises, il bénéficie aujourd’hui d’un climat politique plus ouvert, facilité par le président Félix Tshisekedi qui, dans une stratégie de décrispation, semble encourager le retour de certains opposants d’hier exilés.
Mais ce retour est loin de faire l’unanimité. A Lubumbashi, certaines voix voient dans sa présence un geste de réconciliation nationale. C’est le cas d’un analyste en communication qui livre son éclairage en ces termes : Le retour de Mukungubila ne peut pas être lu uniquement sous l’angle religieux ou personnel. Il s’inscrit dans une séquence de normalisation orchestrée par le pouvoir de Tshisekedi, dans une volonté d’apparaître comme un rassembleur. Mais cela comporte aussi des risques. Mukungubila reste une figure polarisante, dont la base militante, bien que fragmentée, conserve une capacité de mobilisation. Si son retour n’est pas clairement encadré, il pourrait rallumer des tensions dormantes dans une province déjà traversée par des crispations identitaires et politiques. » Cela appelle à la vigilance, surtout dans les quartiers populaires de Lubumbashi encore marqués par les stigmates des violences de 2013.
D’autres dénoncent une provocation dans un contexte sécuritaire et politique tendu, à l’approche de nouveaux enjeux électoraux. La mémoire des événements de 2013 reste vive, et les autorités locales n’ont, pour l’instant, fait aucune déclaration officielle. L’inquiétude de la société civile qui a requis l’anonymat en dit tant : « Ce retour est un électrochoc pour les victimes et leurs familles. Aucun effort de mémoire, aucun mot de pardon public, et pourtant il revient comme si rien ne s’était passé. Le gouvernement parle de réconciliation, mais on ne réconcilie pas sans vérité ni justice. »
Il faut donc noter que ce retour s’inscrit entre stratégie d’apaisement politique et mémoire douloureuse non soldée, le come-back de Mukungubila est tout sauf anodin. Il ravive une question centrale : à quoi sert le pardon quand la justice est restée silencieuse ?
Jeef Mwingamb