Lubumbashi, juillet 2025 — A l’Institut Supérieur des Techniques Médicales (ISTM) de Lubumbashi, une pratique de plus en plus décriée met en péril l’égalité d’accès à l’éducation supérieure : les étudiants finalistes se voient contraints de payer des frais exorbitants liés à la cérémonie de collation, bien avant même de défendre leur mémoire de fin de cycle.
130 dollars pour une toge et les frais d’entraînement du diplôme, c’est la somme que chaque étudiant en fin de formation doit débourser, en plus de nombreux frais déjà payés tout au long de leur cursus. Une somme jugée excessive, injustifiée et surtout non liée à l’évaluation académique elle-même. L’exigence de ces frais avant même la tenue de la défense pousse nombre de familles au bord de l’asphyxie financière, dans un contexte économique national marqué par l’instabilité et le coût de la vie élevé.
« Comment peut-on conditionner l’accès à une évaluation académique par l’achat d’une toge ? », s’indigne un parent d’étudiant rencontré sur place. « Pourtant la collation des grades, apprend-t-on, n’aura lieu qu’au mois de septembre », quoi de plus normal de payer même à quelques jours de ladite cérémonie.
Aucune autorité ne réagit. Ni le ministère de tutelle, ni les responsables provinciaux, ni les élus parlementaires ne semblent vouloir s’emparer du sujet. Ce silence complice interroge : jusqu’à quand laissera-t-on les institutions publiques d’enseignement supérieur agir comme des entreprises commerciales au détriment des familles congolaises et de la formation des cadres ?
Selon plusieurs enseignants et analystes, ces frais devraient être facultatifs et exigibles après la défense, à l’occasion de la cérémonie de remise de diplôme, pour ceux qui souhaitent y participer. Les imposer comme une condition préalable à l’évaluation constitue une atteinte à l’équité académique et à la liberté d’étudier sans discrimination socio-économique.
Une marchandisation rampante de l’éducation, voilà ce que dénonce cette situation à l’ISTM Lubumbashi, pourtant censé former les futurs professionnels de la santé publique. En confondant parcours académique et logistique cérémonielle, l’institution compromet l’essentiel : l’évaluation méritocratique.
Il est temps que le ministère de l’Enseignement supérieur et universitaire (ESU) intervienne pour clarifier les pratiques tolérables dans les institutions publiques et pour mettre un terme à ces dérives financières qui ne profitent d’ailleurs qu’aux gestionnaires seuls. Car au-delà de la toge, c’est la dignité même de l’enseignement public qui est en jeu.
L’œil du Jaguar