L’annonce par le ministère de l’Éducation nationale, de la mesure d’introduction d’une épreuve orale d’anglais à l’Examen d’État dès 2026, suscite autant d’espoirs que de doutes dans les esprits de Congolais. Dans un pays où les écoles manquent déjà de moyens, la question se pose : réforme nécessaire ou effet d’annonce mal calibré ?
Le 4 novembre dernier, dans une correspondance adressée aux inspecteurs principaux provinciaux (IPP), l’Inspecteur général Hubert Kimbonza Sefu a confirmé la décision selon laquelle : « dès 2026, l’anglais fera partie des épreuves orales de l’examen d’Etat pour les options des sciences humaines. » Il justifie cette initiative, par la Loi-cadre n°14/004 du 11 février 2014, qui entend former des élites capables de s’intégrer dans un monde globalisé.
“Nos élèves arrivent à l’université sans base linguistique solide. Beaucoup doivent consacrer une année entière à apprendre l’anglais après le secondaire. Cette réforme vise à corriger cela dès la base”, a-t-il expliqué sur Radio Okapi.
Moult observateurs considèrent cela comme un saut vers l’international dans un terrain local peu ou mal préparé. L’intention paraît noble : aligner le système éducatif congolais sur les standards internationaux. Mais dans la pratique, le contraste entre ambition et réalité saute aux yeux.
d’aucuns savent qu’en République démocratique du Congo, la langue d’enseignement demeure le français, aux côtés des quatre langues nationales (lingala, swahili, kikongo et tshiluba). Or, l’anglais ne figure dans aucune loi comme langue officielle ou nationale. Cela parait comme de l’improvisation ou du simple populisme.
‘’Pourquoi l’anglais et pas nos langues nationales ?’’ s’indigne-t-on. “Avant de vouloir nous aligner sur le modèle anglo-saxon, commençons déjà par valoriser nos propres langues dans les examens officiels.”
Un autre observateur du système éducatif congolais, essaie de nuancer. Tout en reconnaissant l’importance de la réforme, il plaide tout de même pour une préparation en profondeur dès le cycle de base. “L’anglais oral ne peut s’improviser. Il faut des enseignants formés, du matériel et une méthode adaptée.”, ajoute cet analyste.
Les doutes sont largement partagés. Un étudiant de Kisangani, Bozeke Napoléon, lu quelque part, commente : « Je pensais qu’on allait valoriser le lingala ou le swahili à l’Examen d’État. Mais on nous impose l’anglais sans formation adéquate. Cette réforme devait commencer dès la maternelle, pas en fin de cycle. »
Toutes ces voix traduisent une frustration collective : celle d’un système éducatif souvent soumis à des réformes verticales, sans concertation réelle ni accompagnement logistique.
Entre ambition politique et faisabilité pédagogique
Sur le terrain, les réalités sont implacables. Peu d’écoles disposent de professeurs d’anglais qualifiés, encore moins de laboratoires linguistiques. « Il est d’abord difficile de faire comprendre les bases grammaticales. Que dire alors de l’oral ? », confie une enseignante de Kolwezi. On sent de l’improvisation qui risque d’accentuer les inégalités déjà existantes entre les écoles urbaines et rurales.
Certains observateurs craignent que cette réforme soit une manœuvre politique à la veille d’échéances électorale de 2028, au lieu d’être une réponse structurelle aux défis du système éducatif. Déjà certaines réformes introduites jusque-là peinent à décoller.
Former des élèves capables de s’exprimer en anglais est un objectif louable, dans un monde interconnecté. Mais encore faut-il que les moyens suivent l’ambition. Sinon, cela pourra s’apparenter à du populisme. Un symbole de modernité plaqué sur une école qui peine encore à garantir les fondamentaux. Car, sans enseignants formés, sans infrastructures adaptées et sans révision des programmes à la base. Il s’agira d’une réforme qui risque de n’être qu’une belle idée, mais mal appliquée.
Asya Kayombo