Frais scolaires en dollars : quand les écoles défient la baisse du taux de change

Les parents congolais paient encore au prix fort malgré la chute du dollar

Alors que le dollar américain recule sur le marché des changes, plusieurs établissements scolaires en République démocratique du Congo refusent de s’adapter. Ils continuent d’exiger le paiement des frais scolaires en dollars, ou en francs congolais calculés selon l’ancien taux élevé. Une pratique jugée injuste par les parents, qui y voient une violation des principes économiques et une atteinte à leur pouvoir d’achat.

Un refus d’adaptation qui scandalise les parents

Depuis plusieurs semaines, le taux de change du dollar oscille entre 2300 et 2100 franc Congolais. Si dans la plupart des secteurs, les prix ont été ajustés à la baisse, dans la plupart d’écoles, ce n’est pas le cas. Beaucoup des parents s’indignent déjà.

Dans certains établissements tel que le Complexe scolaire Immaculée Conception de la Charité, les frais mensuels restent fixés à 45 dollars, ou à leur équivalent en francs congolais selon l’ancien taux de 2800 francs congolais. Même constat à l’Institut Jean Baptiste dans la paroisse du même nom situé au quartier Gbadolite. Conséquence, les parents déboursent près de 20% supplémentaire que ce qu’ils devraient, alors que le coût de la vie ne cesse de grimper.

Du côté des chefs d’établissements, la défense est unanime : la baisse du taux ne devrait pas impacter leurs frais, car la plupart de leurs dépenses : salaires, fournitures et loyers restent libellées en dollars.

« Nous avons des charges fixes, souvent payées en devises. Si nous appliquons le taux actuel, nous ne pourrons plus fonctionner », explique le directeur d’une école privée dénommée Complexe Scolaire Albane, situé sur l’avenue Nyembo, au quartier Hewa Bora dans la commune de Kampemba.

Une justification qui peine toutefois à convaincre les parents, pour qui ces écoles devraient au moins appliquer le taux réel du marché ou proposer un compromis plus équitable. A Saint Jean Baptiste ci-haut évoqué, ¾ des parents ont dû quitter la réunion des parents faute d’un consensus. Le curé de cette paroisse à son titre de promoteur voulant imposer sa volonté au parents sans tenir compte de niveau de vie de la majorité des habitants de ce quartier.

La société civile appelle à une régulation urgente

Face à cette situation confuse et anarchique, plusieurs organisations de la société civile demandent à l’État d’intervenir. « Le gouvernement doit fixer un taux de référence pour les paiements scolaires et imposer la transparence dans la fixation des frais », plaide Jean-Paul Katumbi, coordonnateur de l’ONG Éducation Pour Tous.
la société civile appelle aussi au renforcement des comités de parents d’élèves pour faire respecter les droits des familles et mettre fin aux abus.

La gratuité de l’enseignement mise à l’épreuve

À Lubumbashi comme ailleurs, la contradiction est flagrante. « On nous dit que l’école est gratuite, mais chaque mois on paie des frais, et ils augmentent encore à cause du dollar », déplore un parent d’élèves du Lycée Twendelee (Ex Marie-José).

Voilà qui fait déclarer Marie-Louise Kanku, membre du Réseau des Femmes pour l’Éducation, que la gratuité est devenue “un slogan vide”. « Tant que l’État ne finance pas réellement les écoles, celles-ci se tourneront vers les parents pour survivre », souligne-t-elle.

Les familles, premières victimes d’un système défaillant

La majorité des parents dénoncent une pratique abusivement rigide, qui ignore le contexte économique actuel et aggrave les difficultés financières des ménages. Ils demandent aux autorités d’imposer l’application du taux de change réel du jour – de rappeler aux écoles le respect de la gratuité au niveau de l’enseignement de base pour les écoles publiques – et éventuellement de sanctionner les abus qui violent le droit fondamental à l’éducation.

Il faut noter que la baisse du taux du dollar met en lumière les failles profondes de la gratuité scolaire. C’est entre autres : l’insuffisance du financement, la dépendance aux frais informels, l’absence de régulation claire.

Tant que les écoles ne seront pas réellement subventionnées, ce sont les familles congolaises qui continueront à payer le prix fort d’un système qui se dit gratuit, mais qui, dans les faits, ne l’est pas.

Récit de Asia Kayombo

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