La scène s’ouvre sur un silence inhabituel. Le Haut-Katanga se réveille un jour sans son gouverneur. Pas d’annonce officielle, pas de communiqué, pas même une rumeur bien ficelée pour rassurer les foules. Juste une disparition. Injustifiée. Étrange. Inquiétante.
Les jours passent. Le peuple s’interroge, les couloirs bruissent, les réseaux s’enflamment. Où est-il passé ? A-t-il fui ? A-t-il été arrêté ? Est-il malade ? Est-il parti en exil forcé ? Le vide du pouvoir devient abyssal. Et les communicateurs officiels, eux, sont muets, comme foudroyés par l’ampleur de l’absurde.
Entretemps, les adversaires se font sentir et les ambitions s’expriment sans coup férir tant au sein de l’union sacrée en province que pour le plus friand poste de gouverneur. Le silence de Kinshasa est glaçant. Mais ne tarde pas de trouver une pièce de rechange qu’il notifie pour couper court.
Puis, sans transition, sans explication, il réapparaît. Vrai ou faux ? Un mirage numérique, une vidéo floue, quelques images tremblantes devant une foule. Certains y voient la preuve de vie. D’autres un montage grossier. Tout semble à la fois crédible et invraisemblable. Un mauvais film où la réalité se dispute à la fiction, au point de se confondre.
Et soudain, comme sortis d’un long coma médiatique, les communicateurs, hier désespérés et silencieux à l’image des disciples de Jésus Christ, ressurgissent. Le ton est ferme, les mots sont martelés, les accusations pleuvent : « Honte à ceux qui ont douté ! », « Il n’a jamais disparu ! », « Voici les preuves ! ». Une mémoire courte, des vérités à géométrie variable, et surtout aucune réponse claire sur ce qui s’est réellement passé.
Ce conte de feu n’est pas qu’une histoire. C’est une parabole contemporaine d’un pays où les institutions deviennent opaques, où le pouvoir se dérobe sans rendre compte, où le peuple apprend à vivre dans l’incertitude organisée. Un récit incandescent, parce que brûle toujours la question :
Et si demain, il disparaissait encore ?
Jeef M.