Haut-Katanga : Le Gouverneur Fantôme et la Mairie aux Deux Visages

Lubumbashi, juillet 2025 – Le Haut-Katanga tangue. Entre les murs feutrés du gouvernorat, les couloirs du parquet et les chuchotements de la mairie, c’est un air de tragi-comédie institutionnelle qui se joue. Le personnage principal ? Un gouverneur réapparu comme dans un conte de fée, une maire adjointe intrépide qui défie les actes administratifs, et un vice-Premier ministre dont le silence fait vaciller tout l’édifice.

Une disparition digne d’un polar, un retour à la Congolaise

Pendant environ deux semaines, Jacques Kyabula Katwe, gouverneur du Haut-Katanga, s’est volatilisé. Pas de communication officielle, pas de conférence de presse, pas même une déclaration de son intérimaire. Juste un long silence, rempli de supputations. L’homme aurait été convoqué par Kinshasa, accusé d’avoir tenu des propos jugés « inconvenants » sur l’Est du pays. D’autres parlent de maladie, de retraite stratégique, ou même de fuite face à un scénario d’humiliation.

Mais voilà qu’il réapparaît – ou qu’on dit l’avoir vu – dans des vidéos plus ou moins crédibles, acclamé par des partisans. Comme dans un conte de fée, tout le monde avait peur, puis plus rien : l’homme revient, sans explication, sans procédure, sans trace. Un gouverneur sous mandat peut-il ainsi jouer à cache-cache avec l’État ? Et pendant ce temps, Martin Kazembe, son vice-gouverneur, enfile le costume de gouverneur bis, distribue des instructions et rêve tout haut d’un avenir plus stable à la tête de la province alors que lui-même frappé d’une motion de déchéance par l’Assemblée provinciale.

Une cohabitation ambiguë, voire conflictuelle, s’installe entre le loyalisme au gouverneur élu et le pragmatisme de l’intérim. Et au sommet, Jacquemain Shabani, vice-Premier ministre de l’Intérieur, reste étrangement discret. Il aura fallu une déclaration vague sur une chaîne étrangère pour apprendre que les services de sécurité cherchaient à localiser le gouverneur Kyabula… alors même qu’il aurait été blanchi. Le paradoxe devient une méthode de gouvernement. En dessous des cartes, il se raconte une histoire de magots que le décideur aurait rempiler pour laisser faire l’affaire.

A la Mairie de Lubumbashi : la comédie des doublons

Si la province vit dans le flou, la mairie de Lubumbashi n’est pas en reste. Là aussi, deux figures s’affrontent : Patrick Kafwimbi, nommé maire a.i par arrêté ministériel, et Joyce Tunda, maire adjointe nommée par ordonnance présidentielle précédemment, qui conteste ouvertement son remplacement. Pourtant, elle avait procédé à une remise et reprise en bonne et due forme. S’appuyant sur son statut par ordonnance présidentielle non encore abrogée, elle refuse de céder la place, saisit le Conseil d’État et s’engage sur le terrain comme si elle détenait la légitimité suprême.

Une insubordination manifeste, au sein même de l’UDPS, parti présidentiel. Une indiscipline politique notoire, qui révèle un désordre interne profond. Et là encore, pas un mot du vice-premier ministre Shabani, dont le ministère est pourtant au cœur de cette confusion juridico-administrative.

Une territoriale sans repères

Entre le gouverneur invisible, l’intérimaire zélé, la maire autoproclamée et le silence de Kinshasa, la territoriale dans le Haut-Katanga tangue et la République recule. L’inaction des autorités centrales laisse s’installer un dangereux précédent : celui où les postes publics deviennent des chasses gardées partisanes, soustraites à l’ordre constitutionnel.

Le Haut-Katanga, pourtant cœur économique du pays, mérite mieux que ce théâtre d’ombres. Où est passée la voix du Président Félix Tshisekedi, garant du bon fonctionnement des institutions ? Où est passée la rigueur dans les nominations ? La responsabilité politique face aux dérives institutionnelles ?

Cette cacophonie provinciale illustre un mal plus profond : la fracture au sein de l’Union sacrée, minée par les clans, les ambitions individuelles, les rivalités régionales et les stratégies de positionnement. L’UDPS elle-même semble incapable de discipliner ses cadres, chacun se servant de la légalité selon son intérêt et selon le rapport des forces.

Ce qui devait être une majorité de gouvernance devient un champ de bataille de petites querelles locales, sans arbitre ni boussole. Pendant ce temps, la population observe, souffre et se désintéresse d’une politique devenue spectacle.

G. Wakunonda

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