Makala : l’enfer carcéral silencieux

Kinshasa, le 25 juillet 2025 – Ce n’est plus une rumeur, ni un cas isolé : la Prison Centrale de Makala, symbole du système carcéral congolais, devient jour après jour un mouroir à ciel fermé. Ce vendredi 25 juillet, l’ONG Fondation Bill Clinton pour la Paix (FBCP) a tiré la sonnette d’alarme dans un communiqué glaçant, documentant des décès quotidiens liés à la surpopulation extrême, à la carence de soins et à l’inhumanité des conditions de détention.

Selon le président de cette ONG de défense des droits humains, Emmanuel Adu Cole, la situation observée à l’Hôpital Général de Makala (ex-Sanatorium) est d’une gravité alarmante. En visite sur les lieux ce 25 juillet 2025, la FBCP a constaté un nombre important de prisonniers transférés pour soins, faute de traitement médical dans l’enceinte même de la prison. « Et pourtant, malgré les transferts, les détenus continuent à mourir faute de médicaments et de suivi. »

Des chiffres qui parlent d’eux-mêmes

A la seule date du 25 juillet, 95 cercueils étaient prêts à être utilisés pour l’inhumation des détenus morts à l’hôpital. Selon des témoignages internes relayés par la FBCP, plus de 100 autres corpsattendent encore l’arrivée de cercueils en cours de fabrication. Un mois plus tôt, en mars 2025, 293 dépouilles avaient déjà été enterrées, toutes issues de l’hôpital Sanatorium où sont transférés les prisonniers les plus mal en point.

Ces chiffres révèlent une hécatombe, fruit d’un système à bout de souffle, où la détention préventive prolongée, l’absence d’accès aux soins, lemanque de nutritionet l’entassement dans des cellules insalubres forment un cocktail mortel.

Une Constitution bafouée

Face à cette tragédie, la FBCP invoque les articles 16 et 18 de la Constitution congolaise, qui garantissent le droit à la vie, à la dignité humaine et à un traitement équitable devant la justice. « Ce sont des principes fondamentaux. Lorsqu’un détenu meurt faute d’assistance médicale, l’État est responsable », martèle Emmanuel Adu Cole, qui demande également l’indemnisation des familles des détenus morts en prison, à l’image de ce qui se fait dans certains pays démocratiques.

L’ONG appelle également à une enquête internationale indépendante, estimant que la gravité des faits dépasse le cadre d’un simple dysfonctionnement administratif. « Il s’agit ici d’une infraction caractérisée de non-assistance à personne en danger, qui doit être poursuivie », insiste-t-il.

Des recommandations concrètes

Pour sortir de ce drame humanitaire, la FBCP formule plusieurs recommandations urgentes, notamment :

  • Accélérer les procédures judiciaires, pour éviter l’engorgement des prisons par des prévenus qui y croupissent parfois pendant des années sans jugement.
  • Réhabiliter et équiper l’Hôpital Général de Makala, en y affectant un budget spécifique pour les médicaments, le personnel et les équipements médicaux.
  • Améliorer de manière globale les conditions de détention dans toutes les prisons du pays, y compris dans les cachots des OPJ, parquets et autres lieux non habilités par la loi.

Un cri lancé à la communauté nationale et internationale

A travers ce communiqué, la FBCP ne se contente pas de dénoncer ; elle interpelle. Elle interpelle l’État congolais, mais aussi la communauté internationale, les agences des Nations unies, les organisations de défense des droits humains, les médias et la société civile. Car derrière chaque chiffre, il y a un nom, un visage, une histoire.

« L’État de droit que nous voulons ne peut être bâti sur des charniers », conclut Adu Cole. « La prison ne doit pas être une sentence de mort lente. Ce drame carcéral est une affaire de tous.», a-t-il conclu.

Résumé de Jeef Mwingamb

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