Martin Kabwelulu relâché après deux mois d’ombre

Entre lutte anticorruption et règlements de comptes politiques ?

Kinshasa – C’est ce mardi 29 juillet qu’une vidéo a été aperçu sur les réseaux sociaux, montran l’ancien ministre congolais des Mines, Martin Kabwelulu dans un véhicule. Il a été libéré après plus de 2 mois de détention discrète au sein du Conseil national de cyberdéfense (CNC), un   organe jusque-là marginal dans l’architecture sécuritaire publique mais de plus en plus central dans la traque de figures de l’ancien régime.

Ce survivant de la Kabilie était interpellé le 22 mai dernier dans des circonstances brutales et peu claires à son domicile, alors qu’il dormais avaient laissé entendre les médias indépendants de la capitale Congolaise. L’homme avait disparu des radars médiatiques, sans procès ni une quelconque communication officielle. Ce qui a alimenté rumeurs, soupçons et spéculations quant aux véritables raisons de sa détention. Tout portait à croire que les autorités de Kinshasa cherchaient à savoir l’implication des anciens dirigeants de la RDC dans les mines.

Le silence des autorités congolaises sur cette arrestation a été aussi éloquent qu’inquiétant. Ni la Présidence de la République, ni la Justice n’ont communiqué officiellement les motifs de cette détention jusqu’à sa sortie. Encore moins les charges qui auraient pu lui être imputées ne sont toujours pas communiquées. Moult observateurs s’inquiètent du recours à une structure non judiciaire lorsqu’il s’agit des interpellations. Pourtant un Etat de droit voudrait bien que l’on utilise les canaux classiques de la justice afin de respecter la procédure.

En procédant de la sorte, le pouvoir actuel de Kinshasa jette un trouble dans l’opinion. Plusieurs analystes y voient un message politique fort qui ne met pas à l’abri les anciens piliers du système Kabila. Des voix se sont levées pour dénoncer un glissement dangereux vers des méthodes extrajudiciaires. Ceci sapent la crédibilité de l’État de droit et place la RDC parmi les pays où les droits humains sont très bafoués.

Que lui reproche-t-on ?

Connu comme un pion majeur du régime Kabila, Martin Kabwelulu était ministre omniprésent à la tête du très stratégique ministère des Mines de 2007 à 2018, soit 11 ans successifs. Il est considéré comme architecte silencieux de nombreuses conventions minières, de contrats léonins ou discutables, dont certains continuent d’agiter la scène politique et judiciaire, notamment dans le sillage des dossiers liés à Dan Gertler, Sicomines ou encore Gécamines.

Pour rappel, certains rapports des ONG, tels que ceux de Global Witness ou de la Coalition Publiez ce que vous payez, l’avaient pointé du doigt comme un maillon clé d’un système opaque. Mais, rien d’officiel n’a été communiqué. Si cela s’avère vrai : pourquoi maintenant ?

Cette mise à l’écart de l’ancien patron des mines en RDC n’est peut-être pas étrangère à la recomposition des rapports de force en amont des prochaines échéances électorales, pensent certains analystes des questions stratégiques. Ou encore, cela peut être lié à la volonté du camp Tshisekedi de reprendre la main sur certains actifs miniers névralgiques que Kabwelulu détiendrait des secrets. Dans les cercles du pouvoir, on évoque aussi des fuites d’informations classifiées. Ce qui s’apparenterait à des activités de contre-espionnage économique.

Malheureusement, aucune de ces hypothèses n’a encore été étayée publiquement.

Sa libération, aussi subite que son interpellation, n’a été accompagnée d’aucune déclaration publique. Ni procès, ni ordonnance de mainlevée, ni reconnaissance d’erreur. Un silence embarrassant qui laisse entrevoir soit un vide juridique flagrant, soit un deal politique opaque, comme il en existe tant dans les coulisses du pouvoir congolais. L’avenir en dira plus.

Dans l’entourage de ce dernier, on parle d’un homme affaibli, mais déterminé à laver son honneur. D’autres affirment par contre qu’il se serait engagé à rester désormais silencieux, en échange de sa liberté — une hypothèse crédible dans un pays où la vérité n’est souvent qu’un instrument de négociation.

Quel signal pour l’opinion ?

Personne ne sait vraiment si l’affaire Kabwelulu est close. Toutefois, il crée à la fois un précédent inquiétant et une démonstration de force politique. D’un côté, cette affaire interpelle sur l’usage de la détention préventive à des fins politiques, sans respect strict des procédures judiciaires. De l’autre, elle montre que l’impunité n’est plus garantie, surtout pour les anciens barons. Ce qu’il faut décrier, c’est l’absence de transparence. C’est la justice y perd autant que les suspects.

Bien que libéré, l’affaire Kabwelulu laisse un goût amer d’inachevé, d’opacité et surtout de politisation des instruments judiciaires. Et dire que ceci intervient au moment où la RDC prétend renforcer l’État de droit.

G. Wakunonda

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