Kisangani : 84 militaires FARDC devant la justice pour abandon de position face à l’AFC-M23

Un procès sensible qui ravive le débat sur les conditions de combat des soldats congolais dans l’est de la RDC

Le tribunal militaire de garnison de Kisangani, dans la province de la Tshopo, examine actuellement le dossier de 84 militaires des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC), poursuivis pour abandon de position sur les lignes de front contre les rebelles de l’AFC-M23 dans le territoire de Masisi, au Nord-Kivu.

Selon les éléments présentés par le ministère public, les prévenus auraient quitté leurs positions sans autorisation de leur hiérarchie alors que les affrontements se poursuivaient dans cette zone sous forte tension sécuritaire. Les militaires concernés ont été arrêtés le 25 avril 2026 à Goa, localité située dans le territoire de Walikale, également au Nord-Kivu.

Le parquet militaire retient contre eux plusieurs chefs d’accusation jugés particulièrement graves dans un contexte de guerre. Il s’agit notamment de trahison, fuite devant l’ennemi, dissipation de munitions et violation des consignes militaires.

Au cours des audiences, le ministère public a insisté sur la portée sécuritaire de cette affaire, estimant que l’abandon des positions militaires compromet non seulement les opérations engagées contre l’AFC-M23. Cet abandon expose également les populations civiles à de graves risques d’insécurité.

Pour l’accusation, la discipline militaire demeure un élément essentiel dans la conduite des opérations sur les différents fronts de l’est du pays. Il sied de signaler que les FARDC affrontent depuis plusieurs mois une intensification des offensives rebelles.

La défense, quant à elle, tente de déconstruire la procédure sur le terrain juridique. Les avocats des militaires accusés contestent notamment la compétence territoriale du tribunal militaire de Kisangani. Selon eux, les faits reprochés ainsi que les interpellations ayant eu lieu dans le territoire de Walikale, le dossier devrait être traité par une juridiction compétente du Nord-Kivu.

Jusqu’à présent, le tribunal ne s’est pas encore prononcé sur cette exception soulevée par les conseils des prévenus.

Au-delà du strict cadre judiciaire, cette affaire suscite déjà de nombreuses réactions au sein de l’opinion publique congolaise. A Kisangani comme dans plusieurs autres villes du pays, le procès alimente un débat plus large sur les réalités vécues par les soldats engagés dans les zones de combat.

Certains citoyens réclament une application rigoureuse de la loi militaire afin de préserver la discipline au sein des FARDC, tandis que d’autres appellent les autorités à prendre en compte les conditions extrêmement difficiles dans lesquelles évoluent souvent les militaires au front. Il faut rappeler notamment l’insuffisance logistique, les retards de solde, le manque d’équipements adaptés et la fatigue accumulée après plusieurs mois d’opérations sans relève.

Pour plusieurs observateurs, ce procès met une nouvelle fois en lumière les défis structurels auxquels reste confrontée l’armée congolaise dans la guerre qui secoue l’est de la République démocratique du Congo. Entre impératif de discipline, nécessité de renforcer le moral des troupes et responsabilité de l’État dans la prise en charge des militaires, le dossier des 84 soldats FARDC dépasse désormais le simple cadre pénal pour devenir un véritable sujet de débat national.

Dans un contexte sécuritaire particulièrement volatile au Nord-Kivu, l’issue de ce procès pourrait également constituer un signal fort sur la manière dont les autorités militaires entendent gérer les cas de défaillance au sein des unités engagées contre l’AFC-M23.

G. Wakunonda

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