Clôturé tard dans la nuit du lundi 2 février 2026, le procès en flagrance opposant deux magistrats du parquet de Kolwezi s’est soldé par la condamnation de Mputu Kaseya Patient à 6 mois de servitude pénale principale, assortie d’une amende de 200 000 francs congolais. Au-delà du verdict, cette affaire met en lumière des pratiques déviantes, des luttes d’influence et une crise éthique profonde au sein de l’appareil judiciaire du Lualaba, symptôme d’un malaise plus large de la justice congolaise.
Le feuilleton judiciaire qui a tenu la ville de Kolwezi en haleine pendant plus d’une semaine a pris fin le lundi 2 février 2026 aux environs de 23 heures. La Cour d’appel du Lualaba, siégeant en matière de flagrance, a reconnu le magistrat Mputu Kaseya Patient coupable de violences, coups et blessures volontaires sur son collègue Mbula Kamunga Didi.

Les faits remontent au lundi 26 janvier 2026. Ce jour-là, le magistrat Mbula Kamunga Didi se rend auprès de son collègue Mputu Kaseya Patient afin de solliciter son intervention dans un dossier pénal impliquant l’une de ses connaissances alors en détention. Une démarche que Mputu Kaseya Patient rejette catégoriquement, invoquant son obligation de réserve et le principe de non-ingérence dans une procédure judiciaire en cours.
A la suite de ce refus, Mbula Didi saisit la hiérarchie du parquet et alerte le procureur. Il lui est alors indiqué que le même dossier se trouve également entre les mains du Premier avocat général Noël. Dans cette nouvelle configuration, l’accusé poursuivi dans le dossier instruit par Mputu Kaseya devient subitement plaignant devant le cabinet du Premier avocat général. Ordre est donné de transférer le dossier, suscitant incompréhension et tensions.
C’est à la sortie de ce bureau que la situation dégénère. Les deux magistrats s’engagent dans une altercation verbale d’une rare violence, suivie d’une bousculade à l’intérieur même des locaux du parquet général. Selon des témoignages concordants de magistrats et de policiers présents sur les lieux, Mputu Kaseya Patient assène deux gifles à son collègue.
La scène se prolonge à l’extérieur du bâtiment. Toujours selon les témoignages recueillis à l’audience, Mputu Kaseya Patient brandit son arme de service et profère des menaces directes à l’encontre de Mbula Didi, aux environs de 19 heures. Cet acte grave fait basculer le différend d’un conflit professionnel à une infraction pénale caractérisée.
Le 29 janvier 2026, soit trois jours plus tard, Mputu Kaseya Patient est arrêté et placé en détention à la prison centrale de Dilala. Une procédure de procès en flagrance est engagée. Lors de la première audience, le vendredi 30 janvier, le procès est brusquement interrompu lorsque l’accusé s’effondre à la barre, victime d’une crise d’hypertension nécessitant son évacuation vers une structure hospitalière.
A la reprise de l’audience, le lundi 2 février, les deux magistrats comparaissent devant la Cour d’appel du Lualaba, chacun assisté de ses conseils. Le ministère public expose les faits, tandis que la défense et la partie civile développent leurs moyens respectifs.
Après plusieurs heures de débats et de plaidoiries, la Cour se retire pour délibérer. Après le huit clos, le verdict est sans équivoque : six mois de servitude pénale principale et une amende de 200 000 francs congolais à payer dans un délai de trente jours. La Cour ordonne en outre l’arrestation immédiate du magistrat condamné.
Au-delà de la sanction individuelle, ce procès agit comme un révélateur d’une réalité plus préoccupante : une justice fragilisée par des conflits internes, des tentatives d’influence et un affaissement inquiétant de l’éthique professionnelle. A Kolwezi, dans la province minière du Lualaba, comme dans bien d’autres juridictions du pays, l’affaire Mputu interpelle profondément.
Comment restaurer la crédibilité de la justice lorsque ceux-là mêmes qui sont appelés à faire respecter la loi se permettent de la violer ouvertement ?
A la lumière de ce dossier, les propos du Président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo qualifiant à plusieurs reprises la justice congolaise de « malade » résonnent avec une acuité particulière.
Propos recueillis par Chance K. et rendus par Jeef M.