Le président congolais Félix Tshisekedi a suspendu la publication de son nouveau gouvernement, semble-t-il suite à une forte pression diplomatique, notamment des États-Unis et des instances régionales africaines. L’initiative de créer un « camp de la Patrie » avec des opposants comme Fayulu et Muzito s’est heurtée au réalisme géopolitique. Désormais, toute gouvernance durable passe par un véritable dialogue national.
Alors que tout semblait prêt pour l’annonce officielle du gouvernement Suminwa II, un coup d’arrêt inattendu est survenu à la dernière minute. Selon des sources diplomatiques et politiques, le président Tshisekedi aurait été poussé à reconsidérer sa stratégie, sous l’effet combiné de la pression américaine, des recommandations fermes de l’Union africaine (UA) et de la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC), mais aussi d’un échec politique interne.
Le projet avorté d’un « camp de la Patrie »
Dans une tentative de rassembler autour de lui une nouvelle légitimité post-électorale, le Président Félix Tshisekedi avait discrètement amorcé des pourparlers avec certaines figures importantes de l’opposition dont Martin Fayulu Madidi de l’Ecide et Adolphe Muzito de l’Elan. Reçus au Palais de la Nation, les 2 hommes de l’aile Lamuka devraient former avec le chef de l’État un bloc inédit appelé le camp de la Patrie, censé transcender les clivages et rassembler les forces politiques dans un élan « patriotique ».
Mais, à en croire les informations de dernière minute, le rapprochement a échoué. Les sources renseignent que Martin Fayulu aurait réfusé toute forme de récupération politique, dénonçant une manœuvre intéressée et une gestion solitaire du pouvoir. Pour sa part, Adolphe Muzito, plus ouvert au dialogue, serait heurté à l’absence d’engagements clairs en matière de réformes structurelles.
Les puissances internationales rappellent à l’ordre
Plus que toute autre voix, les Etats-Unis semblent sonné la fin de la récréation en refusant toute complaisance. L’administration Trump, ou plus précisément ses réseaux encore influents à Washington, a demandé expressément la suspension de toutes initiatives unilatérales, la convocation d’un dialogue politique national inclusif ainsi que l’alignement sur les engagements des Accords des Doha et de Washington. A défaut du respect de cette ligne à suivre, l’appui diplomatique, militaire et économique pourrait être reconsidéré.
Les organisations africaines, l’Union Africaine et l’EAC à leur tour rappellent les fondamentaux, insistant sur la restauration de l’intégrité territoriale du pays de la part du gouvernement de Kinshasa. Pour elle, pour y parvenir, la gouvernance devrait se faire que par un consensus national réel. Car, « On ne peut pas gouverner un pays à moitié occupé comme s’il était un État unifié. », a déclaré un diplomate.
La base populaire en attente de signaux clairs
Entretemps, dans les rues de Kinshasa, de Mbuji-Mayi et à travers tout le pays, la frustration monte. Le peuple attend des réponses concrètes sur la sécurité, le coût de la vie, la paix sociale, et non des calculs politiciens. L’affaire des 2.43 millions de dollars déboursés pour les seuls avocats dans le procès Kabila est vécue non seulement comme un scandale morale mais comme une provocation, dans un pays où des millions de citoyens peinent à accéder aux soins ou à l’eau potable.
« Le Congo n’est pas une propriété privée ni un laboratoire d’ingénierie politique étrangère », résume Kongolo Mutshipayi, analyste politique panafricain. « Sans justice, inclusion ni souveraineté, il n’y aura ni légitimité, ni stabilité. », martèle-t-il
En suspendant la sortie du gouvernement Suminwa II, Félix Tshisekedi ne fait pas que retarder une annonce politique, il révèle l’étendue de la fragilité actuelle du régime qui est confronté à une défiance croissante à l’intérieur comme à l’extérieur.
C’est peut-être pour Félix Tshisekedi, le moment de cesser de manœuvrer et de commencer à construire. Car le peuple, lui, attend toujours un gouvernement du quotidien, pas de confrontation inutile.
Judith Suminwa montrant ses limites ne devrait plus être reconduite comme la quasi-totalité de ses ministres majoritairement impliqués dans des sales dossiers de détournements, de surfacturations.
Au finish, sans dialogue national, sans paix négociée et sans base politique élargie, il est difficile au gouvernement Tshisekedi gouverner ce pays en répondant aux attentes de la population. A ce jour, l’on observe que le pouvoir de Kinshasa concentre ses efforts sur quelques capitales régionales, notamment dans le Grand Katanga. En revanche, les provinces du centre (Grand Kasaï) et du nord, tout comme l’Est du pays, se sentent abandonnées.
G. Wakunonda