Alors que le pays s’enfonce dans une crise sociale généralisée, le gouvernement congolais consacre plus de 2,4 millions de dollars uniquement aux honoraires d’avocats dans le procès controversé contre l’ancien président Joseph Kabila. Un scandale financier de plus qui soulève des interrogations sur les priorités nationales.
Depuis plusieurs semaines, le procès autour de l’ancien chef de l’État Joseph Kabila suscite des vagues de réactions. Présenté par certains comme une démarche de « justice réparatrice », il est vu par d’autres comme une opération politique à sens unique, aux allures de règlement de comptes.
Mais au-delà des joutes verbales, il y a le chiffre qui fait bondir uniquement pour les honoraires de 7 cabinets d’avocats mandatés par la République pour défendre les intérêts de l’État dans ce dossier considéré comme ultra-sensible, soit 2.430.000 USD à se repartir. Une véritable manne d’argent public dont l’information a été confirmée dans une correspondance signée par le vice-ministre de la Justice et Garde des Sceaux, Samuel Mbemba Kabuya. Voilà qui met le feu aux poudres dans un pays où la majorité de la population vit avec moins de 2 dollars par jour.
Selon le document consulté et qui circule sur la toile en rapport avec le dossier RP 052/2025, AUDIGEN et PC RDC c/ Prévenu Joseph Kabila Kabange portant signature du vice-ministre de la Justice et Contentieux Samuel Mbemba Kabuya, sollicitant le paiement en procédure d’urgence, le montant est reparti comme suit :
- Bâtonnier Laurent Kalengi Kukilana 380.000 USD
- Maître Richard Bondo Tshimbombo Bontshi 400.000 USD
- Maître Samuel Dimwene Paku Diasolwa 350.000 USD
- Maître José Mandjeku Zambakoko 350.000 usd
- Maître Jean-Marie Kabengele Ilunga 350.000 USD
- Maître Merlin Mboma Wangata 300.000 USD
- Maître Adrien Mbambi Phoba 300.000 USD
Quant au montant réservé à la logistique judiciaire, à la couverture médiatique et aux allocations du ministère public ainsi que les juges, aucun détail n’est jusque-là fourni.
Une décision cynique dans un pays à genoux
Pendant ce temps, des milliers de familles n’ont ni centres de santé convenable, ni route praticable, ni écoles dignes de ce nom dans les provinces du Kasai, du Maniema, de Tshuapa et autres. Et pourtant, c’est dans ce contexte d’urgence humanitaire que l’État congolais choisit de débloquer des millions de dollars pour un procès dont l’issue semble déjà connue, aux yeux de nombreux analystes.
« A Lodja, pour ne citer que ce coin, des femmes accouchent encore sur des nattes dans des centres de santé sans électricité. A Lisala comme à Ngandajika, les élèves étudient sous des arbres. Mais le gouvernement préfère payer des avocats à prix d’or », s’indignent moult observateurs.
Pour ces observateurs comme bon nombre d’acteurs de la société civile, ce procès s’inscrit dans une séquence où la justice congolaise est de plus en plus perçue comme un instrument politique au service de luttes de pouvoir et de règlements de comptes entre anciens alliés.
Si le Président honoraire, Joseph Kabila est considéré par ses partisans comme ‘’le père de la démocratie congolaise moderne’’, il est par contre accusé par le camp au pouvoir de subversif. Ses proches dénoncent une stratégie visant à l’effacer politiquement. Ce qui parait comme une ingratitude à quelqu’un qui a facilité la première alternance en 2018, en cédant pacifiquement le pouvoir à son successeur, Félix Tshisekedi.
Une cohésion nationale fragilisée
La crainte est que ce procès, loin d’apaiser, risque de creuser davantage les fractures sociales au niveau national, déjà exacerbées par les inégalités géographiques et la méfiance entre les régions.
Le Congo des priorités inversées ?
Le procès contre Joseph Kabila parait aux yeux d’une certaine opinion comme une priorité inversée. Loin d’incarner une justice transparente, ce procès soulève aujourd’hui plus de doute que d’espoirs. Considérant qu’en RDC il y a plusieurs priorités, dépenser 2,4 millions de dollars uniquement pour des honoraires d’avocats semble indécent, voire cynique. Surtout si l’on sait que la finalité n’est ni la réconciliation, ni la réparation, mais un bras de fer politique entre alliés d’hier devenus adversaires.
G. Wakunonda