Kinshasa – Les principales confessions religieuses de la République démocratique du Congo (RDC) ont présenté, le 25 août dernier à Kinshasa, une feuille de route ambitieuse visant à mettre fin à plus de trois décennies de conflits armés. Portée par la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO), l’Église du Christ au Congo (ECC), la Plateforme des confessions religieuses et la Coalition interconfessionnelle pour la Nation (CIN), cette initiative se veut un “pacte social pour la paix, la cohésion nationale et la consolidation démocratique”.
Une démarche en quatre étapes
Fruit de longs mois de concertations avec divers acteurs, y compris la Présidence de la République, ce plan s’articule autour de quatre étapes majeures.
La première, baptisée ’’mois de la paix’’, prévoit prières, plaidoyers et un culte œcuménique national, y compris dans les zones affectées par le conflit, afin de créer un climat propice au dialogue.
La deuxième consiste en deux dialogues : l’un technique, réunissant experts, chercheurs et universitaires pour poser les bases d’un pacte social ; l’autre politique, réunissant autorités, opposition armée et non armée, société civile, diaspora et forces vives pour élaborer un “compromis patriotique”.
La troisième étape entend impliquer la communauté internationale à travers une conférence régionale sur la paix dans les Grands Lacs. Il s’agit là d’un rendez-vous sur le financement de la reconstruction.
Enfin, la quatrième et dernière étape appelle l’État congolais, sous l’impulsion du président de la République Félix Tshisekedi, à poser rapidement des actes concrets pour enclencher le processus.
Si cette feuille de route est saluée par plusieurs acteurs comme une lueur d’espoir pour une nation meurtrie, elle suscite également de vives critiques d’une autre frange appelée Front Anti-Dialogue (FAD)
Ce mouvement citoyen s’oppose à l’initiative et la juge inappropriée dans le contexte actuel. Dans un communiqué, il affirme que « la RDC subit une guerre d’agression extérieure depuis plus de trente ans », avec “plus de 15 millions de morts, des millions de déplacés et un pillage massif des ressources”.
Le FAD estime qu’appeler à un dialogue, cela revient à “mettre sur le même pied les institutions légitimes issues des élections et des groupes armés en violation de l’article 64 de la Constitution”. Ce mouvement récuse également l’idée d’un dialogue des experts, estimant que ces derniers « n’ont ni mandat populaire ni légitimité ».
Plus encore, il considère qu’un “dialogue politique” constituerait “une légitimation de l’opposition armée et un contournement de la souveraineté nationale”.
Le FAD insiste sur le fait que “la crise sécuritaire congolaise est d’origine extérieure” et interpelle directement les promoteurs du projet en ces termes :
« Le régime de Kigali bombarde-t-il le sol congolais parce que les Congolais manqueraient de cohésion nationale ? Le Rwanda arme-t-il le M23 parce que nous ne serions pas unis ? Le pillage du Kivu est-il la conséquence d’un déficit d’unité interne ? »
Face à ces positions divergentes, la balle est désormais dans le camp des autorités congolaises. Les confessions religieuses appellent Félix Tshisekedi à s’engager “sans délai” dans ce processus inclusif, tandis que le FAD exhorte le chef de l’État à “rejeter catégoriquement” la feuille de route et à défendre “l’ordre constitutionnel”.
L’opinion publique, quant à elle, reste partagée entre l’espoir d’un processus susceptible de ramener une paix durable et la crainte d’un nouveau cycle de compromis politiques infructueux.
Joseph de l’Enfant Jésus