Assemblée nationale ou club des inconscients ?

« Ce peuple qui nous observe ne va-t-il se poser la question de savoir si nous sommes une assemblée des inconscients ? » a lancé Justin Bitakwira, élu de Masisi, comme un pavé dans la mare. Mais à bien voir, la réponse est connue : oui, mille fois oui !

Car que fait notre auguste chambre basse, censée incarner la conscience de la nation ? Elle ferme les yeux sur les massacres à l’Est, elle se bouche les oreilles aux cris de veuves et d’orphelins, elle s’aveugle devant la misère rampante. Mais pour monter des motions alimentaires et fomenter des intrigues de couloir comme dans un panier des crabes. L’éjection planifiée contre un d’entre-eux, Vital Kamerhe, constitue une preuve de la vitalité mesquine de ce championnat au sein de l’Union sacrée. Un cynisme qui frise la gymnastique politique olympique !

Pendant que le pays brûle, les honorables députés s’appliquent à jouer du tam-tam sur le Titanic. Ils s’agitent, ils complotent, ils marchandent des postes comme on marchande des cacahuètes au marché. Le peuple ? Oublié. La République ? Reléguée en arrière-plan. L’Est en guerre ? Simple bruit de fond, à peine audible sous le vacarme de leurs querelles intestines.

Bitakwira, lui, a eu le mérite de dire tout haut ce que des millions de Congolais pensent tout bas : l’Assemblée nationale est devenue un club de privilégiés, où l’on confond la fonction d’élu avec celle de courtisan de ses propres intérêts. Inconscients, oui, mais surtout indécents. Indécents face au sang versé alors l’Etat de siège ne fait se prolonger – indécents face aux estomacs vides – indécents face à l’effondrement de l’État.

A ce rythme, il ne serait pas surprenant qu’un jour, au lieu de voter des lois, nos députés s’amusent à voter le menu de leur prochain banquet parlementaire, pendant qu’une bonne partie du pays croulent sous les bruits des balles.

La vraie motion de défiance, ce n’est pas contre Kamerhe qu’elle devrait s’adresser. Elle devrait s’abattre sur cette assemblée elle-même, devenue la caricature d’un pouvoir déconnecté des réalités socio-sécuritaires, la farce d’une démocratie en lambeaux.

Oui, chers députés, la question vous poursuit comme un spectre : êtes-vous une assemblée des inconscients ?
Le peuple, lui, n’a plus besoin d’y répondre : il en est convaincu. Car, il ne vous voit même pas lors des vacances parlementaires.

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