« Les médiocres doivent dégager »

Cette phrase n’est pas mienne. Elle fut prononcée, il y a quelques années par un éminent pasteur qui fut engagé pour la cause du peuple et de la patrie : Le cardinal Laurent Monsengwo Pasinya. Une parole forte qui avait secoué la République comme un coup de tonnerre. Car, lancée dans un élan à la fois pastoral et prophétique, à la face des dirigeants de l’époque : « Que les médiocres dégagent ! ».

Cette formule simple, tranchante, avait galvanisé une opposition alors en quête de souffle et avait fait trembler les tenants du pouvoir. Mais au-delà du tumulte politique, elle résonnait comme une vérité intemporelle : un pays ne peut se construire dans la médiocrité.

Aujourd’hui, ironie tragique, cette sentence conserve une brûlante actualité. Plus encore, elle semble décrire le quotidien du Congo. La gouvernance de la res publica demeure en panne, minée par les scandales d’ordre moral et de gestion, les détournements massifs et l’incompétence notoire. La sécurité intérieure et la souveraineté des frontières sont bafouées, laissant les populations livrées à elles-mêmes dans un climat d’abandon par des dirigeants jouisseurs – pour ne pas dire inconscients. L’économie, loin de soulager les citoyens, les enfonce davantage dans une clochardisation indigne d’un pays si immensément riche en ressources naturelles.

La justice, censée être le dernier recours, agonise après une longue maladie. Elle devient de plus en plus sélective, instrumentalisée, elle peine à inspirer confiance. Et pourtant, les promesses se succèdent, les projets se multiplient, mais ils relèvent davantage du rêve utopique que d’une véritable vision. Les gouvernants, eux, semblent engagés dans une compétition effrénée d’enrichissement illicite, insensibles à la souffrance du peuple.

Tout respire la banqueroute. Tout appelle un sursaut.

Tout respire la banqueroute. Tout appelle un sursaut citoyen. Alors, oui, il faut le répéter sans trembler : les médiocres doivent dégager. Dégager pour laisser place à la compétence, à la responsabilité, à l’éthique et au patriotisme véritable qu’aux parleurs inutiles. Dégager pour que la nation cesse de tourner en rond et retrouve le chemin de la dignité. Dégager, non comme une insulte, mais comme un impératif moral et politique.

Car le Congo ne peut éternellement s’accommoder de l’inconscience généralisée de ses dirigeants. Le peuple a droit à l’espérance, à la justice, à la sécurité et à la prospérité. C’est à cette exigence que les dirigeants actuels sont appelés à répondre. A défaut, qu’ils entendent encore une fois la voix du cardinal : que les médiocres dégagent.

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