Etat de la nation ’’anticipé’’ : Félix Tshisekedi a-t-il agi sous pression face au chaos sécuritaire et aux accords contestés ?

En avançant brutalement son discours sur l’état de la Nation, Félix Tshisekedi a tenté de reprendre le contrôle d’un récit national qui semble lui échapper, pensent certains analystes. Entre l’effondrement sécuritaire à l’Est, la chute de deux capitales provinciales, les attaques persistantes de l’AFC/M23 malgré l’accord de Doha, et la tempête politique autour du controversé partenariat de Washington, le Chef de l’État Congolais apparaît acculé. Ce discours précipité ressemble moins à une initiative institutionnelle qu’à une manœuvre de survie politique face à une opinion inquiète, un Parlement dubitatif et une diplomatie en perte d’équilibre.

D’ordinaire réservé à la période calme proche de Noël, le discours sur l’état de la Nation a été prononcé cette année avec une précipitation inhabituelle. C’est même sa date – autant que son contenu – qui interroge. Dans un contexte où le pays est secoué par deux faits politiques majeurs, en l’occurrence :

  1. la tempête nationale autour de l’accord de Washington, perçu par beaucoup comme un pari risqué sur la souveraineté ;
  2. la fulgurante percée militaire de l’AFC/M23, qui a conduit à la chute de Goma et de Bukavu ;
    le Chef de l’État, Félix Tshisekedi a choisi de parler tôt, vite et longuement.

Un discours pour reprendre le contrôle du récit national

Dans une séquence où l’exécutif est assiégé par les critiques, plusieurs observateurs voient dans cette accélération une tentative de reprendre l’initiative politique, de reconfigurer le débat public et de couper court au soupçon de perte de maîtrise. Car depuis Washington, puis Doha, l’opinion s’interroge : que concède réellement la RDC ? Quelle contrepartie réelle, immédiate, vérifiable ?

Le discours devant le Congrès visait manifestement à imposer un récit : celui d’un président qui agit, qui résiste, qui sécurise et qui structure. L’objectif était clair : dissiper l’idée d’un recul diplomatique, et présenter les deux accords non comme des compromis dangereux mais comme des « leviers stratégiques » pour une paix durable.

Entre aveux de gravité et réaffirmation de fermeté

Le ton du Président sur la situation sécuritaire était grave. Tshisekedi reconnaît une année « parmi les plus sombres » à l’Est : offensive coordonnée de l’AFC/M23 et de l’armée rwandaise, exactions de masse, déplacements forcés. Mais il revendique une stratégie duale qui consiste, d’une part, à la réforme structurelle de l’armée et de la police ; et d’autre part, à l’offensive diplomatique assumée. Laquelle se traduirait par deux textes majeurs :

  • L’Accord RDC- Rwanda, adossé à la résolution 2773 ; et
  • lL’Accord – cadre avec l’AFC/M23 signé à Doha au Qatar.

Il insiste et rassure : pas de partage de souveraineté, pas de reconnaissance territoriale, pas d’amnistie déguisée. Mais l’argument doit désormais faire face à un fait politiquement explosif quand on sait que l’AFC/M23 continuer d’attaquer, notamment à Kaziba, Katogota, Kamanyola et Lubarika, voire même Uvira. Le décalage entre engagements signés et réalité militaire risque de fragiliser davantage la ligne présidentielle.

L’économie comme contrepoids politique

L’autre versant du discours est un long plaidoyer pour la solidité économique. Là, le président parle avec des chiffres pour convaincre les sceptiques dans la mesure où le panier de la ménagère n’est impacté. Il s’agit tout de même des avancées chiffrées, mais pas factuelles, à savoir : l’inflation ramenée à 2,5 % – l’appréciation du Franc congolais de 29% – la réserves de change autour de 7,4 milliards USD – et la croissance estimée à 5,6 %.

Pour Félix Tshisekedi, visiblement auto-satisfait, ces résultats démontrent que le pays résiste, malgré la guerre. Le message est clair : si l’État tient, c’est parce que le leadership tient, a-t-il fait insinué devant un Congrès monolithique et un palais du peuple plein des supporters politiques mobilisés pour la cause.

Mais la critique revient : pourquoi présenter ces succès maintenant, alors que le débat national porte ailleurs ? Le timing économique semble servir de rempart narratif pour contenir les interrogations sur les accords régionaux et l’effondrement sécuritaire.

L’accord de Washington au cœur du malaise

Le point le plus sensible demeure le partenariat stratégique avec les États-Unis. Dans un pays marqué par une mémoire douloureuse des ingérences et prédations internationales, l’« accord économique stratégique » et le « mémorandum sécuritaire » suscitent autant de fascination que d’inquiétude.

Félix Tshisekedi, lui ne l’entend pas de cette oreille et écoute seulement la raison de son cœur. Car, selon lui, dans discours, ces accords représentent, à la fois une garantie de souveraineté économique (traçabilité, transformation locale, investissement structurant), et un renforcement de la sécurité nationale (renseignement, infrastructures critiques, lutte contre les trafics).

Ses détracteurs, en revanche, pensent qu’ils pourraient devenir un instrument de pression, un corridor ouvert à un contrôle accru des ressources critiques et un outil d’externalisation de la politique sécuritaire.

Face à ce débat, Fatshi Béton tente donc de verrouiller le récit. Il déclare que « ce partenariat n’est pas une intrusion, mais une alliance stratégique assumée. »

Alors, discours anticipé ou discours de survie politique ?

A mi-parcours de son second mandat, Félix Tshisekedi n’aborde pas la fin d’année en position de confort. Certainement, l’agenda national lui échappe. On parle de Washington, de Goma, de Bukavu, de Kigali.
D’où cette question centrale de savoir si le discours anticipé sur l’état de la Nation est-il une stratégie de communication visant à étouffer un double incendie politique , ou une manière de gagner du temps avant des semaines potentiellement plus difficiles ? L’avenir proche nous en dira plus.

Une chose est certaine : en avançant son discours, le Président a voulu reprendre la main.
Reste à savoir si la réalité sécuritaire brutale, mouvante et préoccupante, lui laissera ce luxe.

G. Wakunonda

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