Après avoir vanté une « armée organisée, structurée » qu’il a trouvée à sa prise de pouvoir il y près de 8 ans, Félix Tshisekedi promettait de reconstruire une armée républicaine, forte et professionnelle. Toujours de sa bouche, aujourd’hui, le même président, commandant suprême des FARDC, la traite publiquement d’« armée de clochards ». Cette déclaration n’est ni un dérapage ni une plaisanterie malheureuse : c’est un aveu politique d’échec.
Car si l’armée congolaise est dans un état de fragilité avancée, la responsabilité est d’abord au sommet de l’État. Sous-paiement chronique des militaires, abandon social de leurs familles, équipements dérisoires, dotations irrégulières, prolifération de grades fantaisistes, divisions institutionnalisées entre unités choyées et troupes majoritaires laissées pour compte : ces maux n’ont pas reculé, ils se sont plutôt enracinés.
Dans ce second et dernier quinquennat, la Défense nationale est désormais placée sous la direction de partisans et d’« enfants hors maison », déconnectés des réalités de l’armée réelle comme de celles du front. Depuis l’éclatement de la guerre, les décisions stratégiques se prennent loin des lignes de combat, dans des bureaux politiques, au mépris de l’expérience, du mérite et de la chaîne de commandement. L’armée se gère comme un butin, non comme une institution vitale de la République.
Les promesses de bâtir une armée puissante, persuasive et compétitive se sont révélées être des slogans creux. Le maigre prestige entrevu au début du régime s’est dissipé dans l’affairisme, les réseaux d’intérêts et l’impunité au sommet.
Qu’un président se plaigne publiquement de l’armée qu’il dirige est indécent. Se plaindre quand on détient le pouvoir d’agir, c’est confesser sa faillite. Le commandant suprême n’est pas un spectateur : il est responsable.
Des voies se sont élevées pour fustiger cette attitude d’humiliation du Chef face aux Hommes de troupes. C’est le cas des enfants de militaires, vivants ou morts qui ont déclaré : « refusons cette humiliation. On ne réforme pas une armée en l’insultant. On la redresse par le courage politique — pas par le mépris, monsieur le Président. »
Une déclaration qui brise la confiance patriotique. Car, ce sont les mêmes clochards, qui au prix de leur sang contiennent l’avancée fulgurante de l’ennemi – sécurisent les institutions, dont le Président de la République – utilisés pour des intérêts égoïstes dans les carrés miniers. Curieusement et contre toute attente, c’est celui-là même qui a les prérogatives constitutionnelles de changer leur statut, qui s’en manque éperdument. Il y a donc matière à réfléchir !