Procès du lieutenant-général Philémon Yav : justice ou règlement de comptes ?

L’ouverture, ce vendredi 19 décembre, du procès du lieutenant-général Philémon Yav Irung devant la Haute Cour militaire de la République démocratique du Congo (RDC) ne relève pas d’un simple fait judiciaire, murmure-t-on dans l’opinion. Derrière les lourdes accusations de trahison [révélées seulement aujourd’hui], le ministère public le poursuit aussi pour incitation à l’indiscipline militaire et de participation à un mouvement insurrectionnel. Pour l’organe poursuivant, cet officier entretenait des intelligences avec le Rwanda. Derrière ces accusations, se profile, sans doute, un dossier hautement politique qui ne dit pas encore son nom. Une hypothèse révélatrice des fractures persistantes au sein de l’appareil sécuritaire congolais.

Arrêté en septembre 2022, ce haut gradé militaire comparaît après plus de trois ans de son interpellation. Une durée de détention préventive qui soulève de sérieuses interrogations quant au respect des droits humains en RDC depuis l’avènement du Président Félix Tshisekedi. Pour de nombreux observateurs, le maintien prolongé de plusieurs officiers en détention sans procès s’apparente à une stratégie d’affaiblissement psychologique. C’est indubitablement une façon de briser moralement des cadres militaires perçus comme dérangeants avant toute décision judiciaire.

Ancien commandant de la troisième zone de défense des FARDC, zone couvrant des provinces stratégiques de l’Est (Nord-Kivu, Sud-Kivu, Ituri, Maniema et Tshopo), Philémon Yav Irung est originaire de l’espace Katanga, considéré comme un proche de l’ancien président Joseph Kabila. Certains milieux politiques et de la société civile brandissent son cas pour illustrer une marginalisation supposée des officiers katangais en particulier, et swahiliphones en général. Ces derniers sont souvent accusés, à tort ou à raison, de nourrir une hostilité envers le pouvoir du président Félix Tshisekedi.

Cette perception est accentuée par un sentiment de justice à deux vitesses, pensent certains analystes. Des officiers originaires du centre du pays, parfois cités dans des dossiers sales et documentés d’exactions ou de manquements graves, semblent bénéficier d’un traitement plus clément, voire d’une absence de poursuites. Cependant, ceux issus du Katanga et de l’espace swahiliphone font l’objet d’arrestations rapides, de maltraitance, de privation des droits et d’une exposition judiciaire expéditive, constate-t-on.

Du côté de l’armée congolaise, on réfute catégoriquement toute lecture ethnicisée ou politique. Son porte-parole, le général Sylvain Ekenge, affirme que « dans l’armée, il n’existe ni tribu ni région » et que les poursuites relèvent strictement de la loi. Un discours officiel qui peine cependant à dissiper les soupçons, tant que les pratiques observées alimentent le doute.

Au-delà du cas Philémon Yav, ce procès met en lumière la fragilité de l’État de droit au sein de l’institution militaire. Nombreux, sont des Congolais qui craignent de voir la justice militaire instrumentalisée au profit des luttes de pouvoir.

La première audience du vendredi 19 décembre 2025 a juste procédé à l’identification du prévenu et la lecture de chefs d’accusation. L’audience a été renvoyée pour mardi 6 janvier 2026. Celle-ci sera scrutée comme un test crucial pour la crédibilité de la justice militaire congolaise et pour la cohésion nationale déjà mise à rude épreuve.

Jeef Mwingamb

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