La République démocratique du Congo fait l’objet d’une plainte explosive devant la justice fédérale américaine. C’est la société fintech PayServices qui expose l’Etat Congolais à ce risque financier colossal de 4 milliards de dollars américains. Ce qui place le président Félix Tshisekedi dans une position diplomatique inconfortable vis-à-vis de Washington, au moment même où Kinshasa sollicite un appui sécuritaire décisif.
La République démocratique du Congo est poursuivie devant la justice fédérale américaine par PayServices, une société de fintech basée dans l’Idaho. Cette entreprise réclame jusqu’à 4 milliards de dollars de dommages et intérêts. Et pour cause, l’échec d’un ambitieux projet de numérisation des institutions publiques congolaises, signé début 2024. PayServices estime avoir été volontairement saboté par des responsables de haut niveau.
Selon la plainte, le projet qui est censé générer plus de 8 milliards de dollars de revenus annuels, aurait été bloqué après des violations contractuelles, des interférences politiques et des tentatives présumées de corruption. A en croire PayServices, plus de 90 millions de dollars avaient déjà été investis, dont 72 millions pour le déploiement technologique au sein de la CADECO.
Plusieurs figures clés du pouvoir sont citées, notamment la ministre du Portefeuille Julie Mbuyi Shiku, le ministre des Finances Doudou Fwamba Likunde, le directeur de cabinet présidentiel Anthony Nkinzo Kamole, ainsi que le gouverneur de la Banque centrale André Wameso. Tous auraient été contactés dans le cadre d’une mise en demeure précontentieuse restée sans suite.
PayServices affirme que des demandes de pots-de-vin — allant jusqu’à 10 % des montants dus, auraient été formulées pour débloquer le paiement initial de 20 millions de dollars prévu dans le cadre du projet. Des accusations fermement rejetées par le gouvernement congolais, qui évoque des « pressions, intimidations et irrégularités procédurales ». Le gouvernement conteste par ailleurs la validité juridique des accords.
Face à l’absence de règlement à l’amiable, la société américaine a saisi la justice des Etats-Unis d’Amérique. Cette affaire embarrasse sérieusement le président Félix Tshisekedi, d’autant plus que des membres de son entourage familial font déjà l’objet d’enquêtes en Europe.
Au-delà du contentieux financier, ce dossier menace les relations entre Kinshasa et Washington, à un moment critique où la RDC attend un soutien accru des États-Unis sur la crise sécuritaire à l’Est et la question du M23. Une bataille judiciaire à haut risque, dont les répercussions pourraient dépasser largement les prétoires.
Betunga Nkeka
Lubumbashi sous tension
Bel-Air et Ruashi ensanglantés par des attaques armées
Chapo — Deux attaques criminelles d’une extrême violence, dont un double meurtre, ont endeuillé Lubumbashi en ce début d’année 2026. À Bel-Air comme à Ruashi, la brutalité des faits relance avec acuité la question de l’insécurité persistante dans la capitale du Haut-Katanga.
Lubumbashi replonge dans l’angoisse. Dans la nuit du 8 au 9 janvier 2026, le quartier Bel-Air, dans la commune de Kampemba, a été le théâtre d’un drame glaçant. Des hommes armés ont fait irruption dans une habitation située à l’angle des avenues Savonnier et Araucaria.
Sur place, Tina, mère de famille, a été poignardée à mort, atteinte au cou à l’arme blanche. Son fils Guilain, 19 ans, a été abattu par balle. La cadette de la famille, grièvement blessée à coups de couteau, a miraculeusement survécu et a été admise en urgence dans une structure sanitaire. Après leur forfait, les assaillants ont emporté plusieurs biens de valeur avant de disparaître dans la nature.
À peine l’émotion retombée, un nouvel acte criminel est venu renforcer le climat de peur. Le dimanche 11 janvier, à Ruashi, près de l’antenne Kawama Vision, une maison a été cambriolée en plein jour, alors que les occupants participaient au culte. Les dégâts matériels sont considérables, et l’audace des malfaiteurs choque une population déjà éprouvée.
Face à cette recrudescence des violences, la Police nationale congolaise (PNC) a déclenché l’opération « Ndobo », visant à démanteler les réseaux criminels actifs dans le Haut-Katanga. Sept présumés bandits ont été interpellés et présentés aux autorités. Le butin saisi est conséquent : trois fusils AK-47, sept chargeurs garnis, une vingtaine de téléphones, deux ordinateurs, deux congélateurs, ainsi que divers objets soupçonnés d’être issus de vols.
Si ces actions sont saluées par les habitants, elles restent jugées insuffisantes au regard de l’ampleur de la menace. Dans plusieurs quartiers de Lubumbashi, la peur demeure palpable. La population réclame une présence policière permanente, une prévention renforcée et des résultats durables, afin que la ville cuprifère ne s’installe pas dans la banalisation de la violence armée.
Betunga Nkeka