Après une courte trêve, le trafic par la compagnie Mulykap SARL sur l’axe Lubumbashi–Fungurume–Kolwezi, a repris, certainement à la suite des assurances sécuritaires données par les autorités du Lualaba. Chose qui a soulagé plus d’un usager de cette société de transport interurbain très appréciée du public pour la qualité de ses services. Mais au-delà de ce retour à la normale, une interrogation majeure continue de hanter l’opinion publique : pourquoi, parmi la multitude de compagnies de transport opérant sur ce corridor stratégique, les actes de vandalisme attribués à des creuseurs artisanaux ou autres malfrats n’ont-ils visé que les bus de Mulykap ?
Officiellement, les violences qui ont secoué le Lualaba en début de janvier, avaient été attribuées à l’expression d’une colère sociale des creuseurs. Ce, à la suite aux récentes restrictions imposées aux activités minières artisanales. Soit. Mais cette explication peine à convaincre lorsqu’on observe que d’autres transporteurs, pourtant tout aussi visibles sur le même tronçon, ont été épargnés.
D’aucuns le savent, Mulykap SARL n’est pas une compagnie ordinaire. C’est le fleuron qui s’est imposée comme l’une des meilleures flottes de transport interurbain de la région, modernisant un secteur longtemps dominé par l’informel, améliorant les standards de sécurité et de ponctualité, et surtout créant des emplois pour des centaines de jeunes Congolais, sans distinction d’origine.
Mieux encore, durant les périodes de basse conjoncture qui ont secoué le Lualaba et le Haut-Katanga, l’entreprise a maintenu ses activités et, à plusieurs reprises, soutenu indirectement les communautés locales, là où beaucoup avaient déserté.
Dès lors, la question devient moins émotionnelle que politique et économique : s’agit-il réellement d’une colère spontanée de creuseurs ou bien, assiste-t-on à un sabotage ciblé, destiné à affaiblir un acteur devenu trop dominant, trop performant, trop dérangeant pour certains intérêts obscurs ?
Dans les couloirs, certains évoquent la piste de concurrents tapis dans l’ombre. Ces derniers qui foisonnent, sont incapables de rivaliser loyalement sur la qualité du service. Ils verseraient dans les coups bas pour tenter d’affaiblir le géant Mulykap. D’autres parlent de manipulation de populations vulnérables, utilisées comme bras exécutants dans une guerre économique qui ne dit pas son nom.
Ce qui est certain et déplorable, c’est la réaction tardive des autorités ou l’approximation des réponses officielles qui nourrissent le doute. Car laisser prospérer l’idée qu’un investisseur national puisse être ciblé, attaqué et fragilisé sans réaction ferme de l’État, revient à envoyer un signal désastreux à tous ceux qui osent entreprendre au pays.
Les autorités du Lualaba comme du Haut-Katanga ont donc une responsabilité historique. Quel que soit le temps et pour éviter la répétition, elles doivent impérativement identifier clairement les auteurs et les éventuels commanditaires – protéger les entreprises nationales sérieuses par des mesures coercitives fermes – et couper court aux pratiques des “pêcheurs en eau trouble” qui prospèrent sur l’instabilité.
En effet, la protection des investisseurs locaux et nationaux devrait primer en vue du renforcement de la classement moyenne tant prônée.
La reprise du trafic par Mulykap SARL ne doit pas être un simple retour à la normale. Elle doit être le point de départ d’une clarification. Car tant que la question « pourquoi seulement Mulykap ? » restera sans réponse, le malaise persistera — et avec lui, la menace contre l’investissement local et la paix sociale. Les caméras de nos limiers restent braquées.
G. Wakunonda