RDC : le double langage d’État

Le pouvoir congolais parle au monde avec gravité, mais gouverne le pays avec légèreté. Le constat est aussi flagrant que scandaleux.  A l’extérieur, le gouvernement invoque la paix, le droit international et la solidarité des nations. Ce qui est louable. Mais à l’intérieur, il entretient la confusion, tolère les dérives identitaires, banalise l’injustice et laisse prospérer une gouvernance qui contredit à la fois le pacte social et chaque engagement pris devant les partenaires étrangers. Est-ce le fait-il sciemment par cynisme ou par simple erreur de parcours ? La répétition permanente des faits décriés en est la réponse de cette énigme politique du pouvoir en place.

On crie trop fort pour internationaliser la crise afin de se dédouaner, mais on refuse d’assainir sa propre maison, du reste infecte d’hypocrisie, de trahison et de contradiction. On sollicite l’arbitrage du monde, tout en fermant les yeux sur les pratiques qui alimentent l’instabilité : instrumentalisation politique des communautés, discours à géométrie variable, impunité sélective, gestion opaque des affaires publiques, entretien des milices politico-militaires, arrestations arbitraires et autres expéditions punitives. Ce double langage n’est plus une incohérence, plutôt une stratégie politique qui, malheureusement fait pourrir le climat socio-politique.

L’on pense que la paix pourra se décréter dans les forums internationaux, entretemps, on la mine au pays. On proclame la cohésion nationale lorsqu’on séjourne dans les capitales étrangères, tandis qu’on la fragilise par des mots et des actes irresponsables à l’intérieur. Quel paradoxe ? Comment accorder de la crédibilité à un État qui ne sait pas se mesurer par la cohérence de son pouvoir ? Voilà des questions qui taraudent les esprits citoyens.

Le plus rigolo, ce que le gouvernement voudrait convaincre le monde sans convaincre son propre peuple meurtri et clochardisé par une gestion au demeurant toujours amateuriste. Par conséquent, le régime prend le risque en perdant la légitimité intérieure, seule source réelle de souveraineté. Or, un pouvoir qui n’est plus cru par ses citoyens ne peut ni imposer la paix, ni défendre la nation, ni se maintenir durablement. Le conseil valable est celui de marier la communication internationale et la gouvernance nationale ; s’autoévaluer et se laisser pénétrer par les contradictions d’opinions.

jeef M.

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