L’affaire en cours au parquet général près la Cour d’appel du Lualaba dépasse le simple fait divers judiciaires. Deux magistrats mis en cause pour soupçons d’abus d’influence, violence entre collègues et usage présumé d’une arme. Cet épisode met crûment en lumière une réalité longtemps tue : la crise de confiance qui mine la justice congolaise. Elle trouve, en outre aussi, sa source dans la qualité, l’éthique et le comportement de certains de ses propres acteurs. A Kolwezi, c’est toute l’institution judiciaire qui se retrouve aujourd’hui face à son miroir.
Une affaire secoue profondément le milieu judiciaire de Kolwezi. Deux magistrats du parquet général près la Cour d’appel du Lualaba sont poursuivis en procédure de flagrance. Une situation aussi rare que grave dans le corps judiciaire. Retour sur les circonstances et les implications d’un dossier qui jette une lumière crue sur les dérives internes de la justice congolaise.
Selon des informations recoupées auprès de sources judiciaires concordantes, les faits remontent au lundi 26 janvier 2026. Ce jour-là, le magistrat Mbula Kamunga Didi (dit Didi Nvula) se serait rendu auprès de son collègue, le magistrat Mputu Kabeya Patient, afin de solliciter son intervention dans un dossier impliquant l’une de ses connaissances placées en détention.
Une démarche perçue par certains observateurs comme une tentative d’abus ou de trafic d’influence, que le magistrat Mputu Kabeya aurait catégoriquement refusée, estimant ne pas pouvoir ni devoir interférer dans une procédure en cours.
A la suite de ce refus, le magistrat Mbula Didi aurait saisi la hiérarchie du parquet pour en référer au procureur. C’est dans ce contexte que les deux hommes se seraient à nouveau croisés. Un échange verbal tendu s’en serait suivi, marqué par des propos virulents et une bousculade à l’intérieur même des locaux du parquet, un lieu pourtant censé incarner l’autorité, la retenue et la discipline.
La situation aurait ensuite dégénéré à l’extérieur du bâtiment. D’après plusieurs témoignages recueillis, le magistrat Mputu Kabeya aurait alors exhibé une arme et proféré des menaces à l’encontre de son collègue, aux alentours de 18 heures, heure locale. La scène avait provoqué une vive panique parmi les agents et les justiciables présents.
Le 29 janvier, soit 3 jours après l’altercation, la magistrat Mputu Kabeya sera mis en détention et acheminé directement à la prise centrale de Dilala. Pour le ministère public, les faits reprochés au magistrat Mputu Kabeya Patient sont qualifiés d’infractions par le Code pénal congolais. Il est notamment poursuivi pour coups et blessures volontaires – menaces ainsi que port et exhibition d’une arme à feu. Cette dernière accusation est retenue comme une circonstance aggravante, en raison du contexte professionnel et de la qualité des personnes impliquées.
Selon l’accusation, le prévenu aurait pointé une arme sur son collègue, créant un climat de peur et d’intimidation incompatible avec l’éthique judiciaire.
Comparu le 29 et assisté de ses conseils, le magistrat Mputu Kabeya Patient, a reconnu être détenteur d’une arme, qu’il a toutefois qualifiée d’arme de dissuasion, chargée de balles en caoutchouc, qu’il estime non létales.
Il a cependant contesté l’ensemble des faits mis à sa charge : « Je n’ai jamais pointé cette arme sur mon collègue. Il connaît son existence pour l’avoir vue à plusieurs reprises dans mon véhicule. Elle y est toujours restée », a-t-il déclaré devant la Cour.
Il a également nié toute violence physique, évoquant une relation auparavant fraternelle avec son collègue et dénonçant une procédure qu’il estime attentatoire à sa personne, dans un contexte de forte pression psychologique.
C’est au cours de ces explications que le magistrat s’est subitement effondré dans la salle d’audience. Ce qui a provoqué un moment de panique parmi les parties, le public et les auxiliaires de justice.
Constatant la gravité de la situation médicale, la Cour a immédiatement suspendu l’audience. Le prévenu a été évacué en urgence vers une structure hospitalière, où il est actuellement pris en charge. Aucune nouvelle date d’audience n’a encore été communiquée. La reprise de la procédure dépendra de l’évaluation de son état de santé.
L’affaire demeure pendante devant la Cour d’appel du Lualaba, juridiction compétente pour connaître des procédures de flagrance impliquant un magistrat.
Une épreuve de vérité pour la justice du Lualaba
Au-delà des personnes mises en cause, cette affaire soulève de lourdes interrogations sur le respect de l’éthique, la discipline et la responsabilité au sein du corps judiciaire. Elle met en lumière les failles internes d’une institution déjà fragilisée par une crise de confiance persistante entre la justice et les citoyens.
Dans l’attente de la reprise de l’instruction, l’opinion publique reste suspendue à la capacité de la justice du Lualaba à établir les faits avec rigueur, indépendance et impartialité, dans le strict respect de la loi.
Conformément au principe fondamental de la procédure pénale, les magistrats poursuivis demeurent présumés innocents jusqu’à l’intervention d’une décision judiciaire définitive passée en force de chose jugée.
Mutaka Yote