GÉCAMINES SA : DU POUMON ÉCONOMIQUE À L’ENTREPRISE ÉPROUVÉE

120 ans d’histoire. 120 ans de grandeur, de sacrifices et de paradoxes.

En République démocratique du Congo, la GÉCAMINES SA n’est pas une entreprise comme les autres. Elle est une mémoire vivante de l’économie congolaise, un pilier autour duquel se sont construites des villes entières, des familles, des carrières et des rêves. Pendant des décennies, elle a été le poumon économique de la RDC, nourrissant le Trésor public, structurant le tissu social et incarnant la fierté du travail minier congolais.

Créée en 1906 sous le nom de l’Union Minière du Haut-Katanga (UMHK), la GÉCAMINES a traversé les époques, les régimes politiques et les mutations économiques. Nationalisée après l’indépendance en 1966 avant de changer le nom en 1967. Elle est devenue un symbole de souveraineté économique, un outil stratégique au service de l’État et du développement national. En 1970, elle hérite la modernisation de l’UMHK, des investissements lourds et un encadrement technique solide. A son apogée, sa production moyenne annuelle était de 400.000 tonnes de cuivre avec un pic historique de 470.000 tonnes en 1988 ; 8.000 et 14.000 tonnes de cobalt l’an, plaçant la RDC (ex Zaïre) parmi les premiers producteurs. Ce qui la permettait de contribuer massivement au budget de l’État (à hauteur de plus de 30%), de financer les infrastructures, d’assurer l’encadrement social des travailleurs et de faire vivre toute une région. Il faut souligner que 70% des recettes d’exportation du pays provenaient de la Gécamines au point de la considérée comme un Etat dans un Etat.

Une entreprise État-providence

La GÉCAMINES a longtemps été un modèle d’entreprise intégrée qu’aucune autre n’ose imiter. Elle était caractérisée par une économie sociale minière offrant des logements décents à ses travailleurs, des hôpitaux bien équipés et des écoles de qualité, des cercles de loisirs et des infrastructures sportives adéquates, assurait le transport ferroviaire des minerais, la sécurité de l’emploi et la dignité du travailleur.

Être « Gécaminard », c’était appartenir à une élite ouvrière respectée. Voilà qui justifiait l’espoir des générations d’élèves et étudiants d’avoir l’objectif de travailler à la GÉCAMINES après leurs cursus.

Le début de la décadence

Malheureusement, cette grandeur n’a pas été éternelle. Malgré les fragilités macroéconomiques connues par le Zaiire en 1980, la Gécamines était encore un pillier majeur. La chute de la GÉCAMINES qui ne doit pas être considérée comme une fatalité technique, elle est avant tout politique et humaine. Cette décadence commence clairement au début de 1990 avec un point de rupture entre 1991-1993 suite au bradage systématique de son patrimoine minier et immobilier et le départ massif de cadres et techniciens. Il s’en suivra la prédation de ses ressources par une élite politico-administrative. L’Etat zaïrois se mettra à siphonner la trésorerie de l’entreprise sans penser au réinvestissement. D’où la vétusté de l’outil. L’immixtion de la politique avec des nominations clientélistes, l’absence de vision industrielle à long terme et des partenariats léonins conclus au détriment de l’entreprise.

Les investissements stratégiques ont été sacrifiés au profit d’intérêts immédiats, souvent personnels. Conséquence majeure, c’est la chute de la production, l’effondrement des revenus. L’entreprise s’est vue dans l’incapacité à jouer son rôle social. Voilà au point où nous en sommes aujourd’hui.

La clochardisation des travailleurs

Les premières victimes de cette gouvernance prédatrice ont été les travailleurs. Ceux qui faisaient la fierté de la GÉCAMINES ont été paupérisés, marginalisés, parfois humiliés.

Salaires irréguliers, pensions dérisoires, logements délabrés. Bref, la dignité du Gécaminard a été piétinée. Une entreprise qui protégeait le travailleur, est devenue une entreprise qui survit. Mais beaucoup plus au profit de ses dirigeants dans la haute sphère de décision.

Une responsabilité collective, mais surtout politique

Il va sans dire que la destruction de la Gécamines n’est pas liée au manque de minerais, plutôt à la crise d’éthique, de patriotisme économique et de responsabilité politique. Ceux qui devaient la protéger l’ont utilisée comme une rente, un butin, un instrument de prédation. Voilà la triste réalité qu’il faille dénoncer. La responsabilité des dirigeants de cette entreprise se situe au niveau de leur allégeance à ceux qui les nomment.

Commémorer, ce n’est pas se voiler la face

Commémorer les 120 ans de la GÉCAMINES, ce n’est pas seulement chanter sa gloire passée. C’est aussi interroger les choix qui ont conduit à son affaiblissement, réclamer des comptes, exiger une refondation. Au regard de cette décadence, l’on devrait se poser la question fondamentale de savoir si la GÉCAMINES peut encore renaître de ses cendres ? Moult analystes optimistes répondent par l’affirmatif, mais conditionnent cette relance par la rupture avec la logique de prédation, mais aussi de penser à une politique de réhabilitation de l’outil de production, de restaurer la dignité du travailleur et de faire de l’entreprise un véritable levier de souveraineté économique, et non une coquille vidée de sa substance. Après 120 ans d’existence, l’on devra cesser avec des slogans creux et s’adapter aux nouvelles technologies d’exploitation.

Une autre question qui nécessite l’attention, c’est la rente du partenariat dont la gestion est entourée d’une forte opacité. Les dirigeants de la GÉCAMINES devront être plus permanent au siège social de l’entreprise que de gérer souvent à distance. Leur présence dans les sites d’exploitation encouragerait plus les travailleurs que des multiples voyages souvent improductifs.

La rédaction

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