Lualaba – 11 morts dans un éboulement à Tulizembe : Thomas Mining au centre de lourdes mises en cause

Le drame survenu dans la nuit du vendredi 6 au samedi 7 février 2026 sur le site minier de Tulizembe, dans la province du Lualaba, ne saurait être relégué au rang de simple accident. Le bilan provisoire, qui fait état d’au moins 11 morts, révèle une fois de plus les failles profondes qui minent l’exploitation minière artisanale et semi-industrielle dans cette région stratégique du pays.

Au cœur des accusations figure Thomas Mining, acteur central et partenaire financier du site de cette entité de traitement contrôlée par des intérêts chinois. Plusieurs sources concordantes pointent un désengagement préoccupant de l’entreprise en matière de sécurité, de prévention des risques et de protection des travailleurs.

Selon des témoignages recueillis sur place, Thomas Mining chercherait à consolider progressivement son emprise sur la carrière. Cependant, elle (l’entreprise) cherche à se soustraire aux obligations inhérentes à son rôle de partenaire financier. Une stratégie dénoncée par les creuseurs artisanaux, premières victimes exposées aux dangers d’un site exploité dans des conditions jugées extrêmement précaires.

« Ils veulent le site, mais pas les responsabilités. Pendant ce temps, ce sont les creuseurs qui paient le prix fort, parfois au prix de leur vie », confie un membre du comité des creuseurs. Ce dernier affirme que leur structure ne dispose d’aucune marge de manœuvre pour remettre en cause un partenariat qualifié d’« imposé ».

Le drame de Tulizembe ravive des souvenirs douloureux, notamment ceux des derniers éboulements meurtriers de la carrière de Mulondo, où plusieurs vies avaient déjà été fauchées dans des circonstances similaires. Curieusement, à chaque tragédie, le même scénario semble se répéter, notamment l’absence de mesures de sécurité, l’exploitation de sols instables, la tolérance d’activités à haut risque. A cela s’ajoute le silence, voire l’inertie, des partenaires censés investir dans la protection des travailleurs.

Pour les creuseurs, la responsabilité de Thomas Mining est directe et sans appel. Plus grave encore, préviennent-ils, si aucune mesure corrective urgente n’est mise en œuvre, l’entreprise sera désormais tenue pour moralement et économiquement comptable des drames à venir qui sont prévisibles.

Face à l’ampleur du drame, le Directeur général du SAEMAPE, M. Kapongo s’est dit indigné.  Il a annoncé son intention de suspendre la coopérative encadrant le site dès son retour en République démocratique du Congo. Il est intervenu samedi dernier depuis l’Afrique du Sud où il participe au forum minier Indaba.

Une annonce précipitée et peu consistante qui soulève toutefois de sérieuses interrogations. Comment peut-on désigner d’emblée la coopérative comme bouc émissaire, alors que les partenaires financiers, les autorités locales et les services techniques de l’État ont, eux aussi, laissé prospérer un système manifestement dangereux ?

Certains analystes du secteur portent la lourde responsabilité sur les autorités locales des mines et les services de l’État pour avoir toléré, encadré ou laissé se développer une exploitation dépourvue de garanties minimales de sécurité. Car, selon eux, il serait réducteur de faire porter l’entière part de responsabilité sur un seul acteur qu’est la coopérative minière.

Pour de nombreux creuseurs, Thomas Mining demeure néanmoins le maillon fort de ce système défaillant. C’est lui qui dispose des moyens financiers et techniques nécessaires, mais qui aurait choisi de privilégier la rentabilité au détriment de la vie humaine, soulignent-ils sans se voiler le visage.

A Tulizembe, la colère gronde. Les travailleurs dénoncent un partenariat jugé déséquilibré, opaque et dangereux. Ces laissés pour compte appellent les autorités provinciales et nationales à assumer pleinement leurs responsabilités. Sans une intervention ferme de l’État, une refonte profonde des partenariats et une application rigoureuse des normes de sécurité, Tulizembe risque de se transformer en cimetière à ciel ouvert, dénoncent-ils. Pour eux, ce site est le symbole tragique d’un artisanat minier sacrifié sur l’autel des intérêts économiques.

Mutaka Yote

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