Le réaménagement du gouvernement provincial opéré par le gouverneur a.i Martin Kazembe Shula, présenté comme une démarche technique visant à renforcer l’efficacité de l’action publique, révèle en réalité de profondes fissures politiques. Derrière l’apparente recomposition équilibrée, les couacs s’accumulent et exposent des frustrations au sein de la majorité dans le Haut-Katanga.
En première ligne, l’UDPS, parti présidentiel de Félix Tshisekedi, bénéficie indéniablement de la part du lion dans cette nouvelle architecture gouvernementale. Pourtant, loin de faire l’unanimité en son sein, cette redistribution suscite une grogne interne. Le parachutage d’un cadre venu de Kinshasa, dont l’ancrage au sein du parti est contesté à la base en est une cause majeure. Le nom d’un certain Georges Mbamuni nommé au poste de ministre provincial de l’Economie est sur toutes les lèvres [ il serait jeune frère au 1er vice-président de l’Assemblée nationale Jean-Claude Tshilumbayi ayant travaillé comme conseiller aux Affaires foncières. Une décision mal perçue par les militants de base du Haut-Katanga, relégués pour la plupart à des postes de conseillers, sans réel pouvoir décisionnel.
Du côté de l’UNAFEC, les tensions sont tout aussi palpables. L’aile proche de Mireille Bibi Muloko aurait réussi à arracher un portefeuille ministériel au détriment de la branche que dirige Lunganga, pourtant considérée comme légitime par une frange importante du parti. Ce bras de fer interne pourrait fragiliser davantage la cohésion de l’équipe gouvernementale.
L’ARDV, parti politique du gouverneur suspendu Jacques Kyabula, n’échappe pas non plus aux turbulences. Par la voix de sa ligue des femmes, elle appelle ouvertement ses membres engagés dans le gouvernement à la démission, les accusant d’avoir agi en dehors des canaux officiels du parti. Une sortie qui traduit un malaise profond et met en lumière un déficit de concertation dans le processus de nomination.
Autre fait marquant : la mise à l’écart de l’ANAFEK, portée par le jeune turc Lawrence Kyungu dit Lolo. Ironie de l’histoire, ce courant avait été parmi les premiers à plaider publiquement pour un réaménagement du gouvernement, appelant Martin Kazembe Shula à passer à l’action. Aujourd’hui marginalisé, ce groupe pourrait soit patienter en attendant d’éventuelles opportunités, soit basculer dans une posture plus critique.
Au regard de ces tensions croisées, le risque est réel de voir émerger un gouvernement sans véritable cohésion interne, voire un exécutif de façade, affaibli par des rivalités politiques persistantes. Sans adhésion forte des forces qui le composent, l’action gouvernementale pourrait rapidement se heurter à des blocages structurels.
Plus qu’un simple ajustement technique, ce réaménagement apparaît donc comme un exercice délicat d’équilibrisme politique, dont les limites sont déjà visibles. Si rien n’est fait pour apaiser les frustrations et restaurer un minimum de confiance entre les partenaires, le Haut-Katanga pourrait se retrouver avec un gouvernement sans souffle, ni efficacité, ni soutien populaire.
Dans un contexte où les attentes sociales sont immenses, Martin Kazembe Shula devra rapidement reprendre la main, au risque de voir son initiative politique se transformer en source d’instabilité durable.
Jeef Mwingamb