Le derby lushois entre le TP Mazembe et le FC Saint-Éloi Lupopo, disputé dimanche 8 mars 2026 à Lubumbashi, s’est terminé dans la confusion après des violences ayant conduit à l’arrêt du match. Si la police nationale pointe la responsabilité de supporters de Lupopo dans l’envahissement de la pelouse, les deux clubs livrent toutefois des versions opposées sur l’élément déclencheur des incidents.
Ce qui devait être l’une des plus grandes fêtes du football congolais s’est transformé en scène de désordre. Le très attendu derby lushois entre le TP Mazembe et le FC Saint-Éloi Lupopo a été brutalement interrompu à la mi-temps après une invasion de la pelouse et des actes de vandalisme ayant plongé le stade dans une atmosphère de tension.
Les incidents ont éclaté au moment où les joueurs s’apprêtaient à reprendre la seconde période. Dans la confusion, des supporters ont envahi l’aire de jeu, entraînant l’arrêt immédiat de la rencontre et l’évacuation des joueurs ainsi que des officiels.
Selon le rapport du commandant du CIAT urbain de Kampemba de la Police nationale congolaise, le Commissaire Supérieur Principal Jean-Baptiste Ilunga Tshikala, l’incident aurait été déclenché vers 15h57 avant la reprise du match. D’après ce document, des supporters de Lupopo, installés dans la tribune latérale A, auraient soupçonné le gardien du TP Mazembe, qui se trouvait dans sa cage avec une bouteille d’eau, de détenir des « gris-gris ». Surchauffés, ils auraient envahi l’aire de jeu et tenté d’agresser le portier, finalement protégé par la police.
Cependant, les versions divergent fortement entre les deux clubs.
Le secrétaire général du TP Mazembe, Frédéric Kitengie Kinkumba, accuse les supporters de Lupopo d’avoir provoqué les incidents par des jets de projectiles répétés en direction des joueurs et de l’arbitre de touche. Il dénonce également ce qu’il qualifie « d’ingratitude » de la part du club cheminot, rappelant que le stade Mazembe a déjà servi d’enceinte de secours à Lupopo et à d’autres clubs congolais lors des compétitions africaines, faute d’infrastructures homologuées dans le pays.
Du côté de Lupopo, le discours est tout autre. Le secrétaire général Jean-Luc Kapend évoque plutôt un acte prémédité visant à nuire à l’intégrité physique des joueurs et du staff du club jaune et bleu. Les dirigeants cheminots parlent d’un « manège troublant » impliquant le banc du TP Mazembe et des ramasseurs de balles. Il accuse ces derniers d’asperger le terrain et les ballons avec des substances suspectes.
Les cheminots affirment en outre que les supporters adverses auraient empêché leurs joueurs de regagner les vestiaires au moment de la suspension de la rencontre.
Au-delà des accusations réciproques, les dégâts sont considérables. Le bilan établi conjointement par la police, les organisateurs et le TP Mazembe fait état de cinq blessés identifiés, dont un ‘’stadier’’ de Lupopo nommé Guy, qui se serait évanoui.
Sur le plan matériel, les pertes sont importantes : 567 sièges ont été arrachés ou cassés, plusieurs véhicules stationnés au parking ont été caillassés, dont le bus de l’équipe de handball du TP Mazembe. Des symboles du club noir et blanc ont également été arrachés, tandis que la signalétique, les grilles de séparation et certains portails du stade ont été détruits.
Ces violences relancent aussi le débat sur la sécurité des infrastructures sportives en République démocratique du Congo. Le stade TP Mazembe demeure en effet, à ce jour, l’unique stade homologué par la Confédération africaine de football (CAF) pour accueillir des compétitions internationales dans le pays. Une infrastructure moderne mais privée, appartenant au club lushois et à son président sportif, l’opposant politique Moïse Katumbi.
Un paradoxe pour un pays-continent comme la RDC, qui ne dispose toujours d’aucun stade public homologué par la CAF. Lamentable !
Ironie de la situation : ce même stade aujourd’hui vandalisé a souvent servi de solution de secours à plusieurs clubs congolais engagés en compétitions africaines, y compris le FC Saint-Éloi Lupopo lors de ses dernières campagnes continentales.
Dans l’opinion, certains observateurs pointent une faiblesse des dispositifs sécuritaires. Pourtant, le rapport de la police indique que 553 policiers avaient été déployés sur les 756 prévus. Vrai ou faux ?
D’autres interrogations concernent le nombre de spectateurs présents. Selon la police, 14 300 billets auraient été vendus alors que l’affluence réelle aurait dépassé les 20 000 personnes, laissant planer des doutes sur le contrôle des accès au stade.
Enfin, certaines vidéos devenues virales montrent des groupes de supporters, présentés comme proches de Lupopo, proférant des menaces contre l’équipe adverse avant la rencontre au nom de certaines formations politiques. Des éléments qui alimentent également des soupçons de politisation autour de ces violences, même si ces informations restent à ce stade non confirmées.
L’opinion attend désormais la décision de la Linafoot sur l’issue de ce match interrompu et sur les responsabilités à établir. De son côté, le TP Mazembe affirme détenir les images de son système de vidéosurveillance, qu’il se dit prêt à mettre à la disposition des instances judiciaires.
Kachina Mwito