L’enlèvement de deux figures katangaises, Raphaël Mututa et Francis Nkulu Butombe, ravive les inquiétudes sur la dégradation du climat sécuritaire dans le Haut-Katanga. Des arrestations jugées arbitraires et le silence radio des autorités provinciales poussent la société civile à dénoncer une dérive inquiétante et appelle à une réaction urgente.
L’enlèvement de Raphaël Mututa, figure influente de la communauté katangaise, ainsi que celui du professeur Francis Nkulu Butombe, acteur politique ancien membre du parti Engagement pour le Congo (ECO) de Jean-Clause Masangu, met en lumière une situation sécuritaire de plus en plus préoccupante dans le Haut-Katanga et le rétrécissement de l’espace démocratique.
Dans ses communiqués de presse référencés N°026/04/CCSKT/GSP/2026, le Cadre de concertation de la Société civile du Haut-Katanga, à travers sa thématique « Gouvernance sécuritaire et Paix », dénonce avec fermeté la recrudescence des enlèvements et des arrestations arbitraires. Selon cette structure, ces pratiques viseraient aussi bien des notables que des acteurs communautaires et des défenseurs des droits humains.
Le cas de Raphaël Mututa cristallise particulièrement les inquiétudes. Notable reconnu du Grand Katanga, il a été enlevé dans des circonstances floues et reste, à ce jour, introuvable. Aucune communication officielle n’a été faite concernant son sort ni son lieu de détention. Cette disparition s’ajoute à une liste déjà préoccupante de personnes interpellées en dehors de tout cadre légal.
En arrière-plan, certaines sources évoquent des tensions politiques, notamment en lien avec ses positions publiques jugées critiques envers le pouvoir central et ses supposées proximités avec certains opposants d’origine katangaise.
Quant à Francis Nkulu Butombe, sa récente démission du parti ECO, membre de l’Union sacrée de la Nation (USN), semble révéler un malaise politique profond. Dans sa correspondance, il exprimait son désaccord face à ce qu’il considérait comme un traitement défavorable réservé à la communauté katangaise, ainsi que ses réserves sur un éventuel changement constitutionnel. Des éléments qui pourraient, selon la société civile, expliquer son arrestation, jugée illégale.
La société civile affirme que ces opérations sont souvent menées par des hommes en uniforme, parfois accompagnés de civils ou d’agents issus de services de sécurité non clairement identifiés. Les familles des victimes sont laissées sans information, tandis que les personnes interpellées sont privées de leurs droits fondamentaux, notamment celui d’être assistées par un avocat.
Certaines victimes seraient même transférées à Kinshasa, où elles peuvent être détenues pendant de longues périodes sans être présentées à un juge. Plus récemment, des sources issues de la société civile indiquent que les deux personnalités pourraient être détenues au sein du service de la cybercriminalité, sans qu’aucune accusation officielle ne soit portée contre elles, ni qu’un droit de visite leur soit accordé.
Ce climat délétère installe progressivement une véritable psychose au sein de la population. Tandis que certains citoyens choisissent le silence par crainte de représailles, d’autres prennent le chemin de l’exil. Le mutisme des autorités locales face à ces situations alimente incompréhension et indignation.
Pour la Société civile du Haut-Katanga, le respect des droits fondamentaux demeure une obligation constitutionnelle. Elle alerte sur les risques d’une érosion de la confiance entre les citoyens et les institutions, susceptible de compromettre les efforts de paix et de cohésion nationale.
Cette situation très préoccupante invite le gouvernement à agir en urgence pour mettre fin aux enlèvements et aux arrestations arbitraires, tout en exigeant que toute personne interpellée soit traitée dans le strict respect de la loi.
La société civile demande également que toute la lumière soit faite sur les cas de disparitions signalés, en l’occurrence ceux de Raphaël Mututa et Francis Nkulu, afin de rassurer les familles et l’opinion publique.
Elle interpelle les autorités provinciales et nationales, ainsi que le Président de la République, les exhortant à garantir la protection des citoyens et le respect des engagements du pays en matière de droits humains.
Par cette occasion, la population, les élus et l’ensemble des forces vives sont tenus à rester mobilisés pour défendre l’État de droit, dans un esprit de vigilance citoyenne.
Fidèle à sa mission, la Société civile du Haut-Katanga réaffirme sa détermination à œuvrer pour la paix, la justice et la réconciliation nationale. Car, prévient-elle, tolérer l’arbitraire aujourd’hui, c’est ouvrir la voie à une instabilité plus profonde demain.
Justicia Asbl renforce la dénonciation et donne une autre version. ’organisation JUSTICIA Asbl tire la sonnette d’alarme face à la dégradation du climat politique et social dans le Haut-Katanga, dans un contexte marqué par le débat sur la révision de la Constitution en République démocratique du Congo.
Elle dénonce notamment l’enlèvement, le 13 avril 2026 à Lubumbashi, d’une quinzaine de personnes, dont Raphael Mututa et Yannick Kyungu, par des عناصر de la Garde républicaine. Ces arrestations seraient liées à leurs positions supposées contre un troisième mandat du président Félix Tshisekedi.
L’ONG rapporte également d’autres cas de violences et d’intimidations : passages à tabac d’un militant politique à Kashobwe, attaque nocturne contre un cadre de l’opposition, ainsi que des arrestations arbitraires impliquant des civils accusés sans preuves.
Dans un contexte national déjà fragilisé par la crise sécuritaire à l’Est du pays, JUSTICIA Asbl s’inquiète d’une multiplication des violations des libertés fondamentales, notamment celles d’expression, d’opinion et de réunion.
L’organisation appelle à la libération immédiate des personnes arrêtées, à la fin des intimidations contre les acteurs politiques et sociaux, et au respect strict des droits humains, quelle que soit l’appartenance politique.
Betunga Nkeka