Une démission révélatrice d’un climat politique d’intolérance
Le deuxième vice-président du Sénat, Modeste Bahati Lukwebo a déposé sa démission ce mercredi 18 mars 2026, 48 heures après une motion de défiance contre lui. Cette démission met une fois de plus en lumière un climat d’intolérance politique croissant et une absence de liberté d’expression au sein de l’Union sacrée. C’est à la suite de sa sortie médiatique dans un contexte marqué par la polémique autour de la révision constitutionnelle.
Tout s’est joué en quelques jours, si pas quelques heures sous la pression politique. Après la motion initiée par le sénateur Dany Kabongo, 83 signatures sur 109 avaient déjà été réunies en si peu de temps, rendant sa position intenable.
A l’origine de cette crise, une déclaration jugée dérangeante. Modeste Bahati Lukwebo affirmait que : « Le problème de la RDC, c’est l’homme et non la Constitution, qui est bonne et équilibrée. »
Une prise de position interprétée comme un rejet implicite de toute révision constitutionnelle, en décalage avec certaines orientations au sein de la majorité. Pourtant le Président Félix Tshisekedi, révèle des archives, avait déjà dit la même chose peu avant son accession à la magistrature suprême.
Dans sa lettre de démission datée du 18 mars 2026, Modeste Bahati Lukwebo justifie son départ par le contexte politique délétère lorsqu’il affirme que ‘’le climat politique qui prévaut actuellement au sein de la chambre haute ne lui permet plus d’exercer ses fonctions dans la sérénité requise.
Tout en évitant la rupture, le désormais ancien 2ème vice-président, réaffirme sa loyauté envers le chef de l’État qu’il qualifie d’autorité de référence de l’Union sacrée pour la nation, M. Félix Tshisekedi Tshilombo
« Ma démission est motivée par la recherche de la sérénité au sein de la Chambre Haute du parlement et non par aveu d’une quelconque incompétence car je me suis toujours acquitté de mes charges professionnelles correctement et en temps réel », a –t-il conclu sur un ton d’apaisement. Il s’agit sans doute d’un langage mesuré qui traduit autant une prudence, discipline politique et cache un malaise profond.
Une sanction politique déguisée ?
Officiellement, les auteurs de la motion invoquent des raisons de gouvernance interne. Mais pour de nombreux observateurs, il s’agit d’un habillage institutionnel d’une sanction politique, visant une voix discordante. Ce n’est qu’un secret de polichinelle.
La séquence interroge la capacité de la majorité à tolérer le débat interne sans recourir à des mécanismes d’exclusion.
Voilà qui traduit ouvertement les fractures internes et les tensions identitaires. Déjà on assiste à la désolidarisation de certains membres de l’AFDC-A, par la voix de Patrick Munyomo qui a lu une déclaration dans les entrefaits, fragilisant davantage Bahati Lukwebo. Certains analystes politiques voient cela dans la tactique habituelle de la manipulation par les tenants du pouvoir.
En coulisses, le nom de Norbert Basengezi Kantitima circule pour lui succéder, dans un contexte où la question de la représentation des Swahiliphones reste sensible, comme en témoignent aussi les controverses ayant touché Vital Kamerhe à la Chambre basse du parlement.
Un signal d’alerte démocratique
Au-delà du cas individuel, cette démission révèle une tendance préoccupante : la réduction de l’espace de débat au sein du pouvoir.
Entre loyauté politique et liberté d’expression, l’équilibre semble de plus en plus fragile. Dans un pays aussi divers que la RDC, la consolidation démocratique dépend pourtant de la tolérance des divergences, surtout parmi les élus du peuple.
La chute de Bahati Lukwebo apparaît ainsi comme un nième avertissement. On retiendrait que sans pluralisme politique et d’opinion réel, le risque est grand de voir les tensions politiques se transformer en fractures durables et surtout de consolider la dictature.
François Kitotko, notre correspondant/Kinshasa