Le procès du Fonds de réparation et d’indemnisation des victimes des activités illicites de l’Ouganda en RDC (FRIVAO) prend une dimension politico-judiciaire de plus en plus sensible. A mesure que les audiences avancent devant la Cour d’appel de Kinshasa/Gombe, les témoignages et pièces versées au dossier mettent en lumière de graves entorses aux règles de gestion publique et désignent progressivement l’ancien ministre de la Justice, Constant Mutamba, comme acteur central des décisions contestées.
Le dossier FRIVAO continue de secouer les sphères politico-administratives congolaises. Au centre des débats : près de 50 millions de dollars américains de décaissements jugés irréguliers, effectués en marge des mécanismes légaux de contrôle et de gouvernance prévus par les textes régissant l’établissement public.
Lors de l’audience du 24 avril 2026, les déclarations du directeur général intérimaire du FRIVAO, Chansar Bolukola, ont contribué à renforcer la thèse du ministère public. Celui-ci soutient l’existence d’un système décisionnel parallèle dans lequel plusieurs paiements auraient été exécutés sur injonctions verbales attribuées à l’ancien ministre de tutelle.
Selon les éléments examinés par la Cour, la restructuration du FRIVAO intervenue après l’arrivée de Constant Mutamba au ministère de la Justice constitue un point charnière dans cette affaire. Le comité de gestion alors en fonction avait été suspendu avant la nomination à titre intérimaire de Chansar Bolukola, présenté comme proche du parti NOGEC.
Pour l’accusation, cette reconfiguration aurait permis de contourner les organes habilités, notamment le conseil d’administration, au profit d’une gouvernance centralisée contraire aux principes de transparence et de redevabilité imposés aux établissements publics.
Les irrégularités relevées par la Direction générale de contrôle des marchés publics (DGCMP) aggravent davantage les soupçons. Plusieurs marchés auraient été exécutés sans respect des procédures préalables obligatoires, certaines régularisations n’étant intervenues qu’après le décaissement effectif des fonds.
Parmi les opérations les plus controversées figure le financement accordé à l’Institut Congolais pour la Conservation de la Nature pour un projet de jardin zoologique à Kisangani. Alors que le montant initial sollicité était estimé à 700 000 dollars, près de 4 millions USD auraient finalement été débloqués sans approbation formelle du conseil d’administration.
Autre dossier sensible : celui de la société Congo Energy, bénéficiaire d’environ 24 millions USD pour des travaux liés à la centrale hydroélectrique de la Tshopo. Le directeur général de la SNEL, Teddy Lwamba, a confirmé avoir signalé des irrégularités lors de l’examen technique du projet.
Enfin, la société DIVO SARL aurait perçu plus d’un million USD pour la réalisation d’un documentaire sur le Genocost, un montant largement supérieur aux prévisions contractuelles initiales. La défense évoque une erreur administrative partiellement corrigée par remboursement.
Au-delà des responsabilités individuelles encore soumises à l’appréciation souveraine de la Cour, cette procédure met en cause les failles structurelles de contrôle des finances publiques en République démocratique du Congo. Et au fil des audiences, l’étau judiciaire semble progressivement se resserrer autour de Constant Mutamba, dont le rôle présumé dans la chaîne décisionnelle apparaît désormais au cœur des investigations.
Jeef Mwingamb