La CENCO tire la sonnette d’alarme
Kinshasa, – La Conférence Épiscopale Nationale du Congo (CENCO), par la voix de son Secrétaire général, Mgr Donatien Nshole, est sortie de son silence face aux déclarations controversées du Vice-Premier Ministre et ministre en charge des Transports, Voies de communication et Désenclavement, Jean-Pierre Bemba Gombo. Celui-ci, dans une interview diffusée le 9 juin sur la radio Top Congo FM, s’en est une nouvelle fois pris à l’Église catholique, avec des accusations que la CENCO qualifie de « graves, infondées et potentiellement déstabilisatrices ».
« Nous avons écouté avec consternation, mais sans réelle surprise, les allégations sans fondement de M. Bemba. Il ne s’agit plus d’un simple écart de langage, mais d’un discours toxique qui peut raviver des blessures profondes », a déclaré Mgr Donatien Nshole.
Selon la CENCO, depuis la période électorale de 2023, Jean-Pierre Bemba multiplie des attaques verbales contre l’Église catholique, semant le doute dans l’opinion publique et mettant en péril le climat de paix et de cohésion dont le pays a pourtant cruellement besoin.
Une mise en garde contre les dérives
L’Église catholique s’interroge sur les intentions réelles de ce Vice-Premier Ministre, ancien seigneur de guerre. « Cherche-t-il à faire basculer la République dans l’instabilité pour satisfaire des ambitions personnelles ? Veut-il ramener le pays aux heures sombres de Kisangani ou de Kinshasa, où des discours incendiaires ont coûté la vie à des innocents ? », s’interroge avec véhémence Mgr Nshole.
La CENCO souligne qu’en temps de crise, les paroles des leaders doivent être empreintes de sagesse et d’apaisement, et non d’accusations sans preuves qui risquent de fragmenter davantage une société déjà fragile.
Le silence coupable des institutions
Un autre sujet d’inquiétude pour la CENCO est l’absence totale de réaction officielle de la part des autorités congolaises au sujet de ce dérapage d’un officiel.
« Ni le Procureur Général près la Cour de Cassation, ni l’Assemblée nationale ne se sont exprimés. Ce silence est non seulement incompréhensible, mais dangereux. Il pourrait être interprété comme une forme de complicité ou de laxisme », prévient Mgr Nshole.
L’Église appelle ainsi à la responsabilité institutionnelle pour que toute la lumière soit faite sur ces propos, et que les conséquences appropriées soient tirées dans un État de droit.
Dans un esprit évangélique, la CENCO exhorte les fidèles à prier pour Jean-Pierre Bemba afin que : « l’esprit de paix le détourne de la voie de la violence et de la division », insiste l’Église. Elle invite par ailleurs le peuple congolais à ne pas céder aux discours de haine [que distille cet ancien seigneur de guerre qui a déjà causé beaucoup du tort à la nation, Ndlr], à rester uni et à défendre les valeurs de paix, de justice, de dialogue et de réconciliation. Fidèle à sa mission, l’Église catholique annonce qu’elle se réserve le droit de saisir la justice pour préserver son intégrité et celle de la Nation congolaise.
Portant la signature de son Président, Mgr Fulgence Muteba Mugalu, Archevêque Métropolitain de Lubumbashi, la sortie médiatique de la CENCO est un signal fort. Elle rappelle que dans toute société démocratique, la parole publique doit être encadrée par la vérité et le sens de la responsabilité. L’Église réaffirme son engagement en faveur de la paix et appelle à une prise de conscience collective pour préserver l’unité nationale.
« Le peuple congolais mérite des dirigeants à la hauteur de ses souffrances et de ses espérances. Le temps des conflits stériles est révolu. », a-t-il conclu
Joseph de l’Enfant Jésus