Lubumbashi vibre, gronde et s’étouffe sous les tensions internes d’une l’Union sacrée de moins en moins unie. A l’épicentre : Jacques Kyabula, gouverneur du Haut-Katanga, devenu en quelques jours l’incarnation parfaite de l’art politique congolais version caméléon, à en croire ses détracteurs politiques.
Alors que les remous se multiplient au sein de la majorité présidentielle dans la stratégique province du Haut-Katanga, Lawrence Kyungu dit Lolo, présidente de l’alliance nationale des fédéralistes kyunguistes (ANAFEK) et fils héritier de ‘’BABA’’, n’y est pas allée par quatre chemins : Kyabula est un « traître et menteur ». Ambiance électrique dans les couloirs du pouvoir. Et comme pour limiter les dégâts, Paul Igwabi, pourtant secrétaire général adjoint de l’AFDC, parti cher à Modeste Bahati Lukwebo, met le maillot pour descendre en division 2 afin de défendre la cause d’un bienfaiteur. Il s’est empressé de prendre la place de provinciaux, le souffle court, pour lire une déclaration de soutien plus pathétique que stratégique. Objectif : sauver le capitaine en chute libre.
Pendant ce temps, l’UDPS/Tshisekedi – pilier de la majorité n’a pas encore dit mot. Elle convoque avec tambour battant une mystérieuse matinée politique, sans agenda clair. Lubumbashi retient son souffle. Car, on ne sait pas exactement, si c’est pour sauver Kyabula ou soutenir le frère adoptif de Tshisekedi ? Mais les réseaux sociaux, eux, s’enflamment déjà. On y parle de « billets verts » qui circuleraient comme des feuilles mortes, achetant consciences et fidélités à la volée. Dans les rues comme dans les salons, le spectacle est total.
Du régime Kabila à l’Union sacrée : la diagonale de l’ambiguïté
Jacques Kyabula n’en est pas à son premier coup de théâtre. De fervent défenseur de Joseph Kabila – dont il chantait jadis les louanges avec zèle ‘’Kabila ni wa ndani’’ [pour dire Kabila est du cœur, Ndlr] – il est aujourd’hui devenu le griot attitré de Félix Tshisekedi. A chaque régime, ses slogans. A chaque président, son allégeance.
Et dans cette valse d’opportunisme, Jean-Claude Kazembe, son ancien mentor et premier gouverneur élu du Haut-Katanga, a été tout simplement gommé du récit officiel. Effacé. Déshonoré. Comme si Kyabula c’était auto-engendré, sans parrain, sans passé. Mais la mémoire collective, surtout numérique, ne pardonne pas.
Sur Facebook, TikTok et WhatsApp, les archives ressortent : discours d’adoration envers Joseph Kabila, accolades d’un autre temps, promesses d’hier. Tout y passe. La boussole de Kyabula ? Son intérêt, rien d’autre.
Le « pacte de Doha » comme nouvel alibi
Dernier épisode en date : son engagement spectaculaire en faveur de l’accord de Doha entre Kinshasa et Kigali. Un accord dont les contours restent flous, mais que Kyabula brandit comme un étendard de paix – ou plutôt comme un ticket de survie politique. Peu importe que les populations s’interrogent. Lui, il avance. Il s’adapte. Il survit. Ce qui intrigue le fils du Mandela Katangais, Lawrence Kyungu, c’est que Jacques Kyabula puisse attribuer faussement ces propos à Félix Tshisekedi : « Nous sommes en guerre contre le Rwanda. Corneille Naanga et Joseph Kabila sont des Congolais. Nous allons nous entendre entre nous ». Selon lui, après ses vérifications, l’autorité suprême de l’USN n’a jamais dit cela. Par conséquent, il considère que Kyabula travaillerait pour le compte de ses anciens patrons.
Quand flatterie remplace gouvernance
Les détracteurs de Jacques Kyabula pensent qu’il ne gouverne pas. Il manœuvre. Il louvoie. Pour eux, dans les eaux opaques de la politique congolaise, il se laisse porter par les vents dominants. Ceci porte à croire, si demain, la majorité change, il changera aussi. Sans gêne. Sans remords. Avec le même sourire.
Ce comportement est toxique pour la jeunesse, disons-le clairement. Puisqu’il envoie un signal désastreux aux jeunes générations : trahir pour réussir, changer de camp pour grimper, flatter pour exister. Le mérite et la fidélité n’ont plus droit de cité dans cette école politique du Haut-Katanga. L’ambition n’y rime plus avec vision, mais avec soumission.
Gabriel Wakunonda