Six mois après l’absence prolongée du gouverneur Jacques Kyabula, le mutisme du bureau de l’Assemblée provinciale du Haut-Katanga fait désormais scandale. Saisissant la justice contre le président de l’organe délibérant, Michel Kabwe ainsi que tous les membres de perchoir, Me Justin Kyela Ngoy dénonce une illégalité à la tête de la province, un intérim hors cadre légal et un dysfonctionnement institutionnel préoccupant. Il accuse les élus provinciaux d’entretenir une omerta qui plonge la gouvernance provinciale dans le flou juridique et politique.
Le climat politique s’alourdit dans la province du Haut-Katanga. Dans une dénonciation à forte charge institutionnelle datée du jeudi 12 février dernier, le président national du parti politique Vent d’Avenir, Me Justin Kyela Ngoy, fustige « l’abstention coupable et le silence flagrant » du bureau de l’Assemblée provinciale face à l’absence prolongée du gouverneur Jacques Kyabula, rappelé en consultation à Kinshasa depuis le 8 juillet 2025. Une situation qu’il qualifie d’« illégale » et source d’un dysfonctionnement institutionnel profond.

Agissant à la fois comme homme politique au nom de sa formation politique, juriste et fils du terroir, Me Justin Kyela a saisi le Procureur général près la Cour de cassation à Kinshasa contre le président de l’organe délibérant provincial, Michel Kabwe, ainsi que le Parquet général du Haut-Katanga contre les autres membres du bureau, notamment la vice-présidente Liliane Komba, le rapporteur David Kitondo, le rapporteur adjoint Samuel Kilolo et le questeur Amède Mukuna,. Au cœur de sa démarche, il a mis l’accent sur l’inaction persistante du bureau de l’Assemblée provinciale après plus de six mois d’intérim exercé sur base d’un simple télégramme ministériel, en dehors du cadre légal strict régissant l’intérim des institutions provinciales.
Dans sa correspondance, l’homme de droit rappelle que « les pouvoirs d’un intérimaire sont, par nature, strictement encadrés et limités dans le temps et dans le devoir ». il dénonce une tolérance institutionnelle qui plongerait la province dans le flou juridique et administratif. Selon lui, le bureau de l’Assemblée provinciale aurait dû constater officiellement l’absence prolongée et ambiguë du gouverneur, au lieu d’observer une inertie qu’il assimile à une forme de mauvaise foi.
Plusieurs irrégularités sont également pointées dans le chef du bureau de l’assemblée provinciale. L’on note, en l’occurrence, l’absence de constat formel après les délais légaux, la validation implicite d’un intérim prolongé, le silence sur les griefs éventuels reprochés au gouverneur et autorisation donnée à l’exécutif intérimaire de poser des actes majeurs, notamment la loi budgétaire 2026, comme s’il disposait de pleins pouvoirs. Une situation qui alimente l’incompréhension de l’opinion publique, tenue dans l’ignorance des motifs officiels liés à l’absence du chef de l’exécutif provincial.
Déterminé à « aller jusqu’au bout pour le retour à l’ordre institutionnel », ce praticien du droit et acteur politique aguerri, Me Justin Kyela Ngoy n’exclut pas d’élargir sa plainte, y compris contre les autorités nationales qu’il soupçonne d’entretenir une situation d’exception non conforme à la loi. Il invite par ailleurs l’Assemblée provinciale à organiser rapidement les mécanismes légaux permettant de sortir de l’impasse institutionnelle, estimant qu’aucune considération politique ne devrait entraver la continuité légale de la gouvernance provinciale. Fils du terroir, il se dit ne pas laisser cette situation continuer.
Selon plusieurs sources, cette double dénonciation aurait provoqué une vive inquiétude au sein du bureau de l’Assemblée provinciale du Haut-Katanga, déjà critiqué pour son silence prolongé durant toute la période d’absence du gouverneur et pour l’opacité entourant la gestion de l’intérim. Dans l’opinion, le message du leader de Vent d’Avenir trouve un écho grandissant. Nombreux sont ceux-là qui saluent une démarche perçue comme un appel à la légalité et à la responsabilité institutionnelle, dans une province stratégique qui ne peut se permettre l’enlisement administratif ni l’incertitude politique.
L’œil du Jaguar