Lubumbashi, 16 juillet 2025 – C’est désormais officiel : le gouverneur du Haut-Katanga, Jacques Kyabula Katwe, a été suspendu de ses fonctions. Sa mise à l’écart, confirmée par un télégramme signé par le vice-ministre de l’Intérieur Jean-Baptiste Nzeka Katurebe, intervient dans un contexte explosif mêlant tensions politiques, divergences de discours et rumeurs persistantes de fuite.
Tout part de son intervention controversée du 1er juillet dernier, lors d’un meeting public à Lubumbashi. Dans un ton jugé ambigu, Kyabula avait repris les propos du président Félix Tshisekedi, affirmant que « c’est le Rwanda qui fait la guerre à la RDC », tout en rappelant que Joseph Kabila et Corneille Naanga, considéré comme le coordonnateur des rebelles du M23, sont des Congolais, dont les cas devaient être « traités en interne ». Ces propos ont déclenché un véritable tollé au sein de l’Union sacrée, où plusieurs ténors ont dénoncé un alignement maladroit ou délibérément décalé par rapport à la ligne diplomatique du chef de l’État.
Un rappel à Kinshasa évité, une absence qui alimente les doutes
Dans la foulée, Jacques Kyabula est convoqué à Kinshasa par le Vice-Premier Ministre en charge de l’Intérieur, Jacquemain Shabani. Mais l’intéressé n’y répondra jamais, invoquant des raisons de santé. Cette absence prolongée, couplée à un silence médiatique inhabituel, alimente alors toutes les spéculations : fuite vers la Zambie via la Luapula, consultations politiques discrètes, ousimple repli stratégique ? La rumeur enfle, portée par la disparition brutale de plusieurs de ses communicateurs des réseaux sociaux.
Le couperet tombe finalement le 16 juillet : Martin Kazembe Shula, vice-gouverneur, est désigné pour assurer l’intérim « en raison de l’indisponibilité du titulaire ». Une mesure conservatoire prise alors que le ministre de tutelle séjourne à Doha pour représenter la RDC aux pourparlers du Qatar sur la situation sécuritaire régionale.
Des soupçons de malversations financières
En toile de fond, de graves accusations financières émergent. Des sources évoquent un détournement présumé de 300 millions dollars américains, affectant gravement la trésorerie provinciale. L’exécutif provincial serait plongé dans une crise budgétaire, avec plusieurs chantiers en arrêt et des engagements publics non honorés. Plus troublant encore, des enquêtes préliminaires font état de changements suspects de propriété concernant plusieurs biens immobiliers, entreprises et actifs réputés appartenir à Jacques Kyabula – des manœuvres qui pourraient dissimuler une tentative de dissimulation d’avoirs en cas de poursuites judiciaires.
L’UDPS en position de force
La mise à l’écart de Jacques Kyabula, pourtant rallié à l’Union sacrée sous l’étiquette ARDV, pourrait relancer des appétits longtemps contenus au sein de l’UDPS. Le parti présidentiel, qui détient la majorité à l’assemblée provinciale du Haut-Katanga, n’a jamais digéré l’ascension d’un gouverneur considéré comme un allié circonstanciel, voire un intrus. Aujourd’hui, plusieurs figures de l’UDPS espèrent prendre leur revanche, en réclamant une alternance provinciale fidèle à la base présidentielle. Ce qui pourra permettre l’occupation de la petite territoriale à presque 100% [Président de l’Assemblée provinciale, Gouverneur de province, maire de Lubumbashi, plusieurs bourgmestres et administrateurs des territoires, Ndlr].
Martin Kazembe, de l’ombre à la lumière ?
Longtemps marginalisé dans les décisions provinciales, fragilisé notamment par une affaire de spoliation de terrains sur les rives du lac Tshombe, Martin Kazembe Shula semble avoir saisi cette opportunité pour se repositionner. Son intérim pourrait bien devenir permanent si la présidence confirme cette orientation, à l’image de ce qui s’est produit au Lualaba avec la succession de Fifi Masuka à Richard Muyej. La jurisprudence Masuka pourrait-elle se répéter ?
Une succession incertaine, une province à l’arrêt
La situation du Haut-Katanga reste suspendue à plusieurs inconnues : Kyabula reviendra-t-il ? Est-il encore dans le pays ? Peut-il bénéficier d’une grâce présidentielle ?En attendant, les institutions locales tournent au ralenti, les chantiers stagnent, et l’économie provinciale pâtit de cette instabilité au sommet.
Une page semble se tourner au Haut-Katanga. Mais laquelle ? Celle d’un homme, d’un clan, ou d’un système ?
Affaire à suivre !Jeef Mwingamb