GOMA – Alors que le gouvernement congolais multiplie les initiatives diplomatiques pour tenter d’apaiser la crise sécuritaire dans l’Est du pays, une figure politique fait un retour remarqué sur la scène nationale : Joseph Kabila. L’ancien président de la République démocratique du Congo, retiré de la vie institutionnelle depuis 2019, s’oppose ouvertement à certains volets des accords récemment conclus entre Kinshasa, Kigali et les rebelles du M23.
Entre Doha et Washington : deux fronts diplomatiques
Deux accords récents ont attiré l’attention de l’opinion : l’un, conclu le 27 juin 2025 à Washington, met en place une coopération bilatérale entre Kinshasa et Kigali sous l’égide des États-Unis ; l’autre, signé à Doha, est une déclaration de principes entre le gouvernement congolais et l’Alliance Fleuve Congo (AFC/M23), avec le Qatar en médiateur. Ces démarches visent un règlement politique de la crise armée persistante dans le Nord et Sud-Kivu.
Mais ces initiatives ne font pas l’unanimité. En l’occurrence Joseph Kabila, aujourd’hui installé à Goma, observe avec distance — mais non sans critique — l’évolution du processus. En particulier, il s’oppose fermement au volet minier de l’accord de Washington, qu’il considère comme contraire aux intérêts stratégiques du pays.
Une stratégie d’influence plutôt qu’un retour officiel
Officiellement, Joseph Kabila n’ambitionne pas un retour direct au pouvoir. Ses proches insistent : il souhaite faire entendre une voix alternative sur la gouvernance nationale et alerter sur les risques liés à une paix imposée sans véritable adhésion des communautés locales. Il a récemment mené une série de consultations dans l’Est, notamment à Goma et à Bukavu, dont les conclusions seraient rassemblées dans un document, apprend-t-on, et dont la publication reste attendue.
Selon certaines sources, ce rapport pourrait être dévoilé lors d’un dialogue national qui serait en préparation et piloté par le tandem CENCO-ECC, croit-on. L’ancien chef de l’Etat entend y participer activement, lit-on dans les réseaux sociaux.
Une opposition alignée avec la gouvernance inclusive
Paradoxalement, certains points de la position de Joseph Kabila rejoignent les recommandations récentes des États-Unis, notamment la nécessité d’une gouvernance inclusive. La porte-parole du Département d’État, Tammy Bruce, a insisté sur le droit des populations déplacées à retrouver leur foyer et à espérer un avenir stable.
L’ancien président, à travers son conseiller Kikaya Bin Karubi, a récemment fait entendre son point de vue aux cercles diplomatiques de Washington. Il y a moins d’un mois que ce dernier aurait été vu aux États-Unis pour une mission autre celle de lobbying, laissent entendre certains analystes indépendants.
Malgré les poursuites, Joseph Kabila est toujours présent
Bien que n’étant plus couvert par l’immunité parlementaire depuis la fin de son mandat sénatorial, Joseph Kabila reste présent dans le jeu politique congolais, estiment moult observateurs. Les enquêtes judiciaires ouvertes à son encontre dont le procès s’ouvre ce vendredi 25 juillet ne semblent pas freiner sa volonté de peser sur les choix stratégiques du pays, notamment en ce qui concerne l’avenir de l’Est, la question minière et les équilibres régionaux.
Si ses détracteurs voient en lui un appui à la rébellion, ses proches le considèrent comme la voix des « oubliés » de la paix, notamment ceux de Beni, Ituri et Rutshuru, qui voient défiler les traités sans voir s’arrêter les tueries.
Le positionnement de Joseph Kabila remet en lumière les tensions entre diplomatie de sommet et adhésion populaire, à en croire Jeune Afrique. Tandis que Kinshasa multiplie les accords et négociations à l’international, une partie de la classe politique et de la population reste sceptique, voire hostile, face aux compromis jugés trop rapides ou déséquilibrés.
Dans un pays où le passé politique reste très présent, la voix de l’ancien président, même en retrait, continue d’influencer les équilibres à venir. Reste à savoir si son intervention actuelle marquera une étape vers une plus grande inclusion politique — ou le début d’un nouvel épisode de recomposition nationale ?
G. Wakunonda