Kinshasa – Après plusieurs jours de silence et d’absence remarquée, le gouverneur du Haut-Katanga, Jacques Kyabula Katwe, a finalement atterri à Kinshasa Le lundi 28 juillet 2025, selon des sources concordantes. C’est pour répondre à la convocation du Vice-premier ministre de l’Intérieur, à un moment où le climat politique autour de sa personne devient de plus en plus pesant.
SI officiellement, ce déplacement s’inscrit dans le cadre des échanges institutionnels avec le Vice-Premier Ministre et ministre en charge de l’Intérieur, Sécurité et Affaires Coutumières, Jacquemain Shabani Lukoo ; officieusement, c’est un véritable test de loyauté face à un pouvoir central de plus en plus soupçonneux. La goutte d’eau qui aurait fait déborder le vase reste le meeting tenu le 1er juillet 2025, lequel est jugé provocateur dans certains cercles du pouvoir. Une attitude perçue comme un défi à l’autorité du chef, en plein contexte de recomposition politique nationale.
Des signaux contradictoires
Des informations croisées selon les camps font état de scénarios divergents. Certains rapports évoquent une rencontre entre Jacques Kyabula et le Chef de l’État, qui aurait eu lieu dans la discrétion, avec pour objectif de lui « tirer les bretelles ». D’autres, plus optimistes, affirment que son retour à Lubumbashi est imminent. Il est prévu pour ce samedi 2 ou lundi 4 août, et que son nom circulerait même dans les tractations pour intégrer le prochain gouvernement national en gestation.
Mais à l’opposé, une autre source affirme qu’il serait mis en résidence surveillée jusqu’à nouvel ordre, sans communication officielle sur son sort ni sur le chef d’accusation. Le silence des institutions ne fait qu’intensifier les spéculations et renforcer l’hypothèse d’un isolement stratégique, prélude à une mise à l’écart politique.
Le spectre de Richard Muyej ou le syndrome des gouverneurs oubliés ?
Dans l’opinion, nombreux sont ceux qui voient l’enfant terrible de Likasi sur les traces de ses ainés Richard Muyej, Jean-Claude Kazembe et bien d’autres gouverneurs jadis convoqués à Kinshasa… puis oubliés dans les couloirs des ministères, sans jamais être reçus, encore moins rétablis dans leurs fonctions. Le scénario est devenu classique : convocation sans délai, interrogatoire à huis clos, pressions discrètes, et au final, silence radio. La mécanique semble bien huilée dans ce système où la loyauté ne garantit ni la survie politique, ni la clémence.
Kyabula paiera-t-il le prix de son trop grand poids politique au Katanga ? D’aucuns le pensent. Car derrière les apparences d’une gestion loyale, certains dossiers sensibles pèseraient lourd dans ses placards. Malversations ? Réseaux parallèles ? Allégeances changeantes ? Difficile d’y voir clair. Pour l’instant, aucun grief officiel n’est formulé. Mais le silence autour de son avenir et l’absence d’un agenda clair alimentent les spéculations.
Loyauté ou purge politique ?
Un de ses proches, interrogé récemment, a tenté de calmer les esprits : « Jacques Kyabula Katwe reste fidèle au Président de la République. Il n’a pas fui, contrairement aux rumeurs diffusées par ses détracteurs ». Une affirmation qui se veut rassurante. Mais dans les rangs de l’UDPS, certains militants exigent déjà son arrestation, comme si l’affaire était déjà entendue. C’est peut-être la règle du régime ! Dans les cercles présidentiels, on s’interroge si Jacques Kyabula est-il resté fidèle ou a-t-il franchi une ligne rouge invisible ? Cette question est un qui ne trompe pas que l’affaire a déjà franchi le seuil de la simple méfiance.
Une telle issue serait perçue, à tort ou à raison, comme une nouvelle étape dans la purge silencieuse contre les figures politiques katangaises de proue. Car au-delà du cas Kyabula, c’est l’architecture sociopolitique de l’ex-Katanga qui semble se dessiner au profit de l’UDPS, notamment autour de Kazembe Shule, où de nouvelles fidélités se nouent dans l’ombre.
Le « meilleur élève » face à l’épreuve
Plébiscité à plusieurs reprises comme l’un de meilleurs exécutants de la vision de Félix Tshisekedi, Jacques Kyabula avait su jusqu’ici garder une image d’homme de terrain, fidèle à la ligne présidentielle. Son action dans le Haut-Katanga lui avait même valu le surnom flatteur de « meilleur élève » du Chef de l’État. Mais dans le système congolais, les médailles deviennent vite des fardeaux quand elles suscitent jalousie, soupçon ou ambition.
En attendant la dernière décision de sa hiérarchie, Jacques Kyabula reste dans les limbes du pouvoir, entre loyauté affichée et méfiance grandissante. Rejoindra-t-il la liste des gouverneurs sacrifiés ? Ou parviendra-t-il à rebondir, comme certains l’espèrent dans son fief de Lubumbashi ? Le compte à rebours est lancé.
L’œil du Jaguar