Dans un contexte de guerre asymétrique, où la perception compte autant que l’action, la parole officielle devient un instrument stratégique à part entière. Voilà pourquoi la communication publique devrait être rigoureuse, responsable et cohérente.
Or, force est de constater ce dernier temps que certaines prises de parole de hauts responsables congolais suscitent incompréhension, malaise et parfois inquiétude au sein de l’opinion nationale. Ces déclarations, souvent contradictoires ou mal calibrées, fragilisent le discours de l’État et brouillent la lecture de la vision exacte du gouvernement en matière de paix, de sécurité et de cohésion nationale.

Les propos perçus comme stigmatisant les femmes tutsis et tenus par le général-major Sylvain Ekenge, porte-parole des FARDC suspendu, interviennent à un moment particulièrement sensible où la Nation est appelée à se rassembler face à une agression extérieure multiforme. Une telle communication, indépendamment de l’intention qui la sous-tend, comporte le risque d’alimenter des amalgames communautaires et d’affaiblir l’effort national de cohésion.
Dans une République fondée sur l’égalité de tous les citoyens, la communication des institutions de défense doit demeurer strictement inclusive, mesurée et conforme à l’impératif de l’unité nationale.

Les déclarations d’Antony Mwalushayi, évoquant de manière légère ou insinuante une implication de cercles proches du pouvoir dans l’alimentation de l’insécurité liée à la milice Mobondo aux portes de Kinshasa, ont également contribué à nourrir le doute. Dans un pays confronté à des violences récurrentes, toute communication laissant planer l’idée d’une instrumentalisation politique de l’insécurité affaiblit la crédibilité de l’État et renforce la méfiance de la population.
La lutte contre les groupes armés requiert non seulement des actions fermes, mais aussi une communication claire, exempte de sous-entendus et de contradictions.
Pour sa part, le ministre Mohïndo Zangi, présenté comme soutien ou commanditaire des Wazalendo engagés aux côtés des FARDC, illustre une autre zone de flou. Les divergences apparentes entre ces forces dites d’auto-défense et l’armée régulière, mises en lumière par certaines déclarations publiques, exposent une fragilité institutionnelle préoccupante.
Par ailleurs, affirmer que le retrait du M23 d’Uvira serait davantage lié à des influences étrangères qu’à la capacité opérationnelle congolaise revient à poser, sans filtre, la question de l’efficacité réelle du dispositif sécuritaire national. Si la lucidité est nécessaire, elle doit s’inscrire dans un cadre stratégique maîtrisé, afin de ne pas affaiblir le moral des forces et de la population.
Par contre, la sortie médiatique d’Adolphe Muzito, ministre d’État au Budget et acteur politique aux positions souvent ambivalentes, met en contradiction la diplomatie et une rhétorique belliqueuse en annonçant une préparation à une déclaration de guerre contre le Rwanda. Un véritable contraste avec la dynamique diplomatique officielle marquée par la signature d’accords et d’engagements de paix avec ce même pays.
Cette dissonance soulève une interrogation légitime : quelle est, en définitive, la ligne officielle de l’État congolais ? La coexistence de discours belliqueux et de démarches diplomatiques, sans clarification institutionnelle, entretient la confusion tant au niveau national qu’international.
Face à cette communication plurielle et souvent contradictoire, une partie de l’opinion congolaise peine à identifier le véritable leitmotiv et la vision stratégique du gouvernement dit de l’Union sacrée, la majorité au pouvoir. Dans un contexte de guerre, l’incohérence communicationnelle n’est pas neutre : elle devient une vulnérabilité.
La RDC a besoin d’une parole publique unifiée, constate et alignée sur une stratégie claire, portée par des institutions qui parlent d’une seule voix. La reconquête de la paix à l’Est passe aussi par la reconquête de la crédibilité de l’État dans son discours.
Curieusement, la communication est transformée en un exercice accessoire, et non comme un pilier de la souveraineté, de la cohésion nationale et de la confiance entre gouvernants et gouvernés.
Jeef Mwingamb