Ils étaient censés être des guides, des bergers. Ils deviennent parfois des idoles d’eux-mêmes, des aveugles face à l’argent et au plaisir. Ils devaient porter la croix du sacrifice à l’exemple du Christ, mais beaucoup semblent désormais porter celle de l’argent, du pouvoir, du plaisir mondain et des privilèges. En République démocratique du Congo, une partie du paysage religieux évangélique, notamment de l’église dite de réveil, traverse une crise morale profonde qui scandalise jusque dans les rangs des fidèles les plus convaincus.
Le constat est brutal : multiplication des scandales sexuels, course effrénée à l’enrichissement, culte de personnalité, manipulations psychologiques, proximités troubles avec le pouvoir politique et mépris grandissant envers les fidèles. L’Évangile du salut semble progressivement remplacé par l’évangile du profit.
Comment comprendre qu’au nom de Dieu, certains pasteurs vivent dans un luxe insolent pendant que leurs fidèles peinent à se nourrir, à se soigner ou à scolariser leurs enfants ? Comment accepter que des hommes censés prêcher la sainteté soient régulièrement cités dans des affaires d’adultère, d’escroquerie ou de chantage sexuel ? Plus grave encore, certains responsables de ces églises d’endormissement spirituel n’hésitent plus à instrumentaliser la foi pour servir des agendas politiques ou protéger des intérêts mafieux.
Le drame est aussi spirituel qu’humain. A force de transformer les églises en entreprises familiales et les autels en marchés, plusieurs prédicateurs de cet acabit ont vidé le message chrétien de sa substance. La compassion a laissé place au business religieux. Le service est remplacé par la domination. Le berger marche désormais loin devant ses brebis, non pour les conduire, mais pour les exploiter.
L’une des déclarations les plus convaincantes reste celle du pasteur Moïse Mbiye qui a compris qu’il s’agit simplement des « lépreux ». Une phrase révélatrice d’un profond mal qui ronge ces égarés.
Pourtant, tous les pasteurs ne doivent pas être jetés dans le même panier. Beaucoup continuent d’exercer leur ministère avec intégrité, humilité et dévouement. Mais le silence face aux dérives actuelles devient lui-même une faute morale. L’Eglise congolaise ‘’pentecôtiste’’ doit retrouver son rôle prophétique : défendre les faibles, dénoncer l’injustice et annoncer un évangile de vérité plutôt qu’un commerce de faux miracles.
Le peuple congolais n’a pas besoin de gourous milliardaires ni de stars religieuses entourées de gardes du corps. Il a besoin de serviteurs sincères, capables de partager les souffrances de leurs fidèles et de porter une parole d’espérance dans un pays déjà meurtri par la pauvreté, la corruption et les conflits.
Car lorsque les bergers abandonnent la vérité, les brebis finissent toujours par errer dans l’obscurité.