Le groupement Mopala, dans le secteur de Balala en territoire de Sakania, a vécu, le samedi 16 mai 2026, une journée historique avec l’intronisation officielle de Kisenga Makoleka Chadrach en qualité de chef de groupement Mopala. Une cérémonie haute en couleurs et en symboles, marquant l’aboutissement heureux d’un long combat coutumier de quinze années, sur fond de conflits de succession, d’ingérences politico-administratives dénoncées et de résistance populaire au nom des traditions du peuple lamba.
Dès les premières heures de la matinée, une marée humaine venue des différents villages du groupement Mopala s’est rassemblée autour du site retenu pour les festivités. Femmes, jeunes, notables et anciens, ont transformé cette investiture en véritable fête populaire.

L’événement s’est déroulé en présence des autorités provinciales et nationales, des chefs coutumiers des entités voisines, ainsi que de l’administrateur du territoire de Sakania, venu présider cette cérémonie attendue depuis plusieurs années.
Les chants traditionnels, les danses folkloriques et les battements incessants de tam-tam ont donné à cette journée un caractère à la fois solennel et profondément enraciné dans les valeurs ancestrales et culturelles du peuple lamba.
Moment particulièrement attendu, l’administrateur du territoire a présenté devant la foule « l’heureux chef », déclenchant une explosion de joie dans l’assistance. Cris de victoire, applaudissements nourris et chants de célébration ont accompagné l’apparition de Kisenga Makoleko Chadrach, porté par une population qui affirme l’avoir soutenu durant tout son long combat face à ceux qu’elle qualifie d’« imposteurs » et d’« usurpateurs ».
Puis vint l’étape la plus symbolique de l’investiture. Les donneurs du pouvoir, conduits selon la tradition par une femme, ont procédé à l’habillement coutumier du nouveau chef. Revêtu de l’habit et de la couronne cheffale, Kisenga Makoleko Chadrach a ensuite reçu les attributs du pouvoir : une queue d’animal servant d’éventail et une lance, symboles de commandement, de sagesse et de protection de la communauté.
Sous les ovations populaires, le nouveau chef a été enduit de kaolin blanc, rite ancestral marquant son entrée officielle dans l’autorité coutumière. Pendant ce temps, les tam-tams résonnaient avec intensité tandis que des femmes entonnaient des chants traditionnels de bénédiction et d’allégeance. Viendra ensuite l’étape de la reconnaissance officielle par le pouvoir public. L’administrateur du territoire lui a remis l’emblème national à cet effet.
Mais au-delà du faste coutumier, la cérémonie a également été marquée par plusieurs discours de circonstance axés sur la paix et la cohésion sociale.
Le premier à prendre la parole était l’administrateur du territoire. Il a félicité le nouveau chef de groupement pour son investiture officielle avant de l’inviter à cultiver un esprit rassembleur et pacificateur au sein de son entité. Dans un ton ferme mais conciliant, l’autorité territoriale a insisté sur la nécessité de tourner définitivement la page des divisions qui ont secoué le groupement Mopala pendant plus d’une décennie. L’AT a invité tout le monde à l’ordre et au respect des lois de la République pour que règne le calme et la tranquilité.
« Le développement du groupement passe par l’unité, la cohésion et le respect de l’autorité coutumière », a-t-il déclaré devant la population.

L’administrateur du territoire a également exhorté les habitants à accompagner leur nouveau chef dans les efforts de développement local et de stabilité sociale. Il a par ailleurs lancé une mise en garde sévère contre toute tentative de semer le désordre ou de raviver les tensions coutumières désormais considérées comme closes.
« Aucun fauteur de troubles ne sera toléré. Le temps des conflits doit céder la place à la paix et au développement », a averti l’autorité territoriale sous les applaudissements de l’assistance.
A son tour, le grand chef Mopala, Kisenga Makoleka Chadrach, a pris la parole dans une atmosphère chargée d’émotion. Il a d’abord exprimé sa profonde gratitude envers les autorités tant nationales que provinciales pour leur implication dans le règlement de ce dossier coutumier qui aura duré près de quinze ans de turbulence.

Il a notamment salué l’engagement du président de la République, Félix Tshisekedi, du vice-Premier ministre en charge de l’Intérieur, Jacquemain Shabani, ainsi que du gouverneur a.i du Haut-Katanga, Martin Kazembe, pour leur implication considérable afin de remettre, selon ses termes, « l’ayant droit dans ses fonctions face aux usurpateurs qui n’ont rien à voir avec la lignée royale de Mopala ». Pour lui, ce triomphe de la vérité après tant d’épreuves est l’œuvre combinée des autorités au niveau national et de la résistance de sa famille.
Le nouveau chef coutumier n’a pas non plus oublié de rendre hommage à un digne fils du terroir qu’il considère comme l’un des artisans majeurs de l’aboutissement heureux du dossier. Devant la foule, il a publiquement salué les efforts de Serge Konde, élu de Sakania, qu’il a remercié pour son accompagnement constant depuis 2011.
« Malgré les difficultés et les pressions, il n’a ménagé ni son temps ni ses efforts pour défendre la vérité coutumière et accompagner notre communauté », a déclaré Kisenga Makoleko Chadrach sous les applaudissements nourris des habitants.
Dans son allocution, le nouveau chef a également rendu hommage à la population restée fidèle durant toutes ces années d’épreuves. Il a salué le courage des anciens, des chefs coutumiers et des habitants qui ont défendu, selon lui, « la vérité coutumière » face aux nombreuses turbulences traversées par le groupement.
Le nouveau chef a promis d’exercer un leadership fondé sur l’écoute, la justice coutumière et le rassemblement des filles et fils de Mopala sans distinction.
« Cette victoire n’est pas celle d’un individu, mais celle de toute une communauté attachée à son identité et à ses traditions », a-t-il affirmé.
Au cours de cette cérémonie, plusieurs habitants présents ont également insisté sur le respect des us et coutumes du peuple lamba dans la désignation des autorités traditionnelles. Pour eux, cette investiture représente non seulement une reconnaissance légitime, mais aussi une restauration de l’ordre coutumier longtemps perturbé.
Après quinze années de tensions, de procédures et de rivalités, le groupement Mopala semble désormais vouloir ouvrir une nouvelle page de son histoire. Entre émotion populaire, rites ancestraux et appels à la paix, cette investiture restera sans doute gravée comme l’un des événements coutumiers majeurs de ces dernières années dans cette partie du Haut-Katanga.
Mutaka Yote