A peine deux mois après sa nomination à la tête de la coordination provinciale de l’Environnement du Haut-Katanga, Lucien Kyandala vient d’être frappé par une suspension de 90 jours assortie d’une demande d’explication. Au cœur du dossier : des ordres de mission jugés irréguliers, des soupçons de tracasseries contre les entreprises et des enjeux financiers évalués à plusieurs centaines de milliers de dollars dans le secteur sensible des contrôles environnementaux.
Le couperet est tombé le jeudi 21 mai 2026. Le coordonnateur provincial de l’Environnement du Haut-Katanga, Lucien Kyandala, traverse ce qui ressemble déjà à une véritable descente aux enfers administrative. Deux mois seulement après sa prise de fonctions, il est accusé par sa hiérarchie d’avoir commis une faute lourde liée à la signature d’ordres de mission controversés en dehors du cadre réglementaire établi.
La sanction disciplinaire est proportionnelle : une suspension de 90 jours, accompagnée d’une demande d’explication à fournir dans un délai de vingt jours. Remous pour les uns et commentaires pour d’autres dans les milieux administratifs de la province.
Selon plusieurs indiscrétions, l’épée de Damoclès planait depuis plusieurs semaines au-dessus de la tête du désormais coordonnateur suspendu. Des tensions internes et des signaux de mécontentement auraient progressivement gagné la hiérarchie avant que la sanction ne tombe brutalement.
Un détail intrigue particulièrement les observateurs : aussitôt la suspension notifiée, aussitôt la cérémonie de remise et reprise a été organisée sans délai, comme si tout avait déjà été préparé en amont.
Même cette transition express n’a pas échappé aux critiques. D’après plusieurs sources internes, l’intérim aurait normalement dû revenir au chef de bureau chargé des services généraux, conformément aux usages administratifs. Pourtant, Kinshasa aurait préféré confier cette responsabilité au chef de bureau en charge du contrôle et de la vérification, présenté comme l’un des cadres les plus expérimentés du service et le mieux apprécié.
Des missions jugées irrégulières
Au centre de cette affaire figurent des accusations liées à la gestion des missions de contrôle environnemental et des opérations de taxation des entreprises assujetties.
Selon des sources proches du dossier, Lucien Kyandala aurait signé des ordres de mission dits “de première catégorie”, une compétence réservée au niveau national dans l’organisation administrative du secteur de l’Environnement.
Le problème ne se limiterait pas uniquement à la compétence hiérarchique. Les missions auraient également été lancées en dehors du calendrier réglementaire prévu par les textes encadrant la perception des taxes environnementales.
En effet, la période allant de janvier à fin mars est légalement consacrée à la déclaration volontaire des entreprises assujetties. D’avril au 15 juin intervient ensuite le paiement de la taxe rémunératoire annuelle (TRA), avant la taxation sur la pollution prévue à partir du mois de juillet.
Durant cette séquence administrative, aucune mission de contrôle ordinaire ne peut normalement être initiée sur le terrain, sauf cas exceptionnels : pollution signalée, exploitation illicite ou entrée en activité d’une nouvelle entreprise nécessitant une vérification spécifique.
Or, c’est précisément durant cette période sensible que des ordres de mission auraient été signés pour des opérations de contrôle de l’exercice 2026, provoquant incompréhension et colère dans plusieurs milieux économiques.
Certaines sources accusent même le coordonnateur suspendu d’avoir outrepassé ses prérogatives en se substituant indirectement au ministre national des Finances, considéré comme la seule autorité habilitée à autoriser certains types de missions liées à la taxation.
Des enjeux financiers énormes
Dans les coulisses de la coordination provinciale de l’environnement du Haut-Katanga, plusieurs observateurs évoquent des intérêts financiers considérables autour des contrôles environnementaux dans une province fortement dominée par les activités minières et industrielles.
Des montants dépassant les 100 000 dollars américains sont cités dans ce qui est désormais qualifié, dans certains cercles, de véritable “raclette” autour des ordres de mission et des opérations de taxation.
Depuis près de cinq ans pourtant, rappellent plusieurs acteurs du secteur, les opérations de taxation environnementale sont généralement conduites par une commission mixte réunissant les services techniques de l’Environnement et la DGRAD. Une formule instaurée afin de limiter les tracasseries administratives dont se plaignaient régulièrement les entreprises.
Cette réforme faisait notamment suite aux protestations de la Fédération des entreprises du Congo (FEC), qui dénonçait à l’époque des contrôles intempestifs menés séparément par les agents de l’Environnement et ceux de la DGRAD.
Pendant ce temps, une autre commission nationale de vérification normale se trouve actuellement sur le terrain, apprend-on. Ironie du sort : Lucien Kyandala lui-même faisait partie de cette mission.
Dès lors, une question revient avec insistance dans plusieurs milieux : qu’est-ce qui a poussé le coordonnateur suspendu à commettre une telle bévue administrative en pleine mission officielle de contrôle ?
Une chute prématurée ?
Pour de nombreux analystes, cette suspension pourrait sonner comme la fin prématurée de l’aventure de Lucien Kyandala à la tête de la coordination provinciale de l’Environnement du Haut-Katanga.
En seulement deux mois de gestion, plusieurs dérives lui seraient reprochées en interne, selon différentes sources ayant requis l’anonymat.
Certains estiment que le désormais “ex-coordonnateur” aurait été emporté par une gestion jugée trop précipitée. D’autres vont plus loin et affirment qu’il aurait voulu “gagner trop vite” dans un secteur où les enjeux financiers sont particulièrement sensibles.
Une chose est certaine : cette affaire continue d’alimenter les débats dans le Haut-Katanga, où les services environnementaux demeurent au cœur d’importants intérêts économiques liés aux industries minières et aux activités de contrôle fiscal environnemental.
Notre rédaction y reviendra.
G. Wakunonda